Doorzoek volledige site
30 september 2015 | PHILIPPE SELKE

GPAW 2015 : échos de la soirée de remise des prix à Mons

Les lauréats lors de la soirée de proclamation des résultats du GPAW 2015 au MICX Illustratie | UWA

Quelques heures après la proclamation, nous vous faisions part du palmarès de l'édition 2015 du Grand Prix d'Architecture de Wallonie. Avec un peu de recul et avant de présenter plus en détails les projets lauréats, nous revenons sur cette soirée du 23 septembre qui, outre la remise des prix proprement dite, réservait d'autres surprises : duo de leçons magistrales et allocutions à caractère politique notamment. Celles et ceux qui veulent ajouter le son et l'image au texte peuvent le faire en visionnant les extraits vidéo repris au bas de cette page.

Duo de leçons magistrales

Basile Graux du bureau gantois Graux & Baeyens ouvre la soirée dans un français quasi impeccable en présentant sa vision de l'architecture et ce qui motive son bureau (de petite taille, concevant essentiellement du logement unifamilal). Pour lui, l'architecture est une expérience sensorielle, raison pour laquelle il préfère, parmi les différents outils de représentation d'un projet, les croquis et maquettes aux plans, nécessaires pour communiquer. Quant au contexte, les parcelles improbables, jugées inconstructibles, le motivent particulièrement, comme il l'illustre avec cette maison à Gand. Il présente un autre projet dans lequel les aspects familiers cotoient l'étrange. Toujours à la recherche de l'émotion, il termine son exposé avec cette habitation posée au bord du canal à Malines, encore à construire.

Ludovic Blankaert est français et architecte à Lille (atelier d’architecture Béal & Blanckaert). Habitué des grands projets urbains (Euralille, ...), il nous présente ses références (Alvar Aalto, entre autres) et sa préférence pour les projets à échelle humaine, qu'il oppose au "trop gros grain" voulu bien souvent par les maîtres d'oeuvre. Sa préférence va aux projets hybrides, mêlant les fonctions, plutôt qu'au monobloc. Et de rappeler les principes d'architecture de Vitruve : utilité, solidité, beauté en les illustrant longuement avec de nombreux projets réalisés par son bureau.

 

Allocution de Robert Treselj

En présence du ministre-président Paul Magnette, du ministre Paul Furlan et d'un représentant du ministre Carlo Di Antonio, le président de l'Union Wallonne des Architectes prend ensuite la parole pour lancer la céréomie de proclamation proprement dite. Il commence par souligner l'importance pour notre région de reconnaître le savoir-faire et les talents locaux. Il poursuit en relevant le rôle crucial des architectes dans l’économie, ceux-ci prescrivant plusieurs milliards d’euros par an dans un secteur, celui de la construction, qui est l'un des premiers en Belgique en terme d'emploi. Il dit sa fierté de voir la Wallonie accueillir les trois réalisations architecturales belges les plus marquantes de la décennie, à savoir la gare Calatrava à Liège, la Tour de Police de Jean Nouvel à Charleroi et le Centre de congrès de Daniel Libeskind à Mons, écrin de la présente cérémonie. « Réalisations certes de grands architectes étrangers. Saluons les autorités qui ont eu la clairvoyance de laisser ces architectes étrangers ouvrir la voie. Derrière les grands noms étrangers, nos architectes ont plus que le talent nécessaire. Il leur reste à acquérir un peu de confiance. Petit à petit, la Wallonie sort de sa torpeur. Nous devons oser le faire savoir. » Et de conclure en demandant aux politiques de mener dorénavant le GPAW de façon récurrente et structurelle, pour qu’il ne soit plus tributaire de bonnes volontés et qu’il soit reconnu pour son intérêt au bénéfice de la collectivité.

 

Allocution de Paul Magnette

Faisant allusion à la polémique autour du projet Caserne du bureau Matador, le premier wallon se dit heureux qu'il y ait débat : « L’architecture, le jour où elle ne suscitera plus de débats, devra nous inquiéter. C’est qu’elle est morte puisqu’en tant qu’intervention dans l’espace public, en tant que geste esthétique, elle est toujours une certaine forme de provocation et elle va inévitablement susciter un certain nombre de réactions. C’est comme cela depuis que l’homme a appris l’art de bâtir et il n’a aucune raison que cela change. Et nous voulons susciter ces débats pour qu’il y ait en Wallonie une véritable conversation autour de l’architecture, qui manque actuellement. »

Abondant dans le sens de Robert Treselj, il ajoute : « Nous sommes très heureux qu’il y ait des Calatrava, des Libeskind, des Jean Nouvel et bientôt des Rem Koolhaas qui viennent bâtir en Wallonie mais cela ne peut pas suffire. Il faut aussi que nos talents nés en Wallonie et qui prospèrent ici, puissent connaître du rayonnement dans leur propre région. »

 

Lauréats du Grand Prix, tous bruxellois

S'en est suivie la remise des prix dans les différentes catégories, animée par Johanne Montay. Les organisateurs avaient pris soin de proclamer les résultats dans la catégorie Logement collectif en dernier lieu, sans doute pour faire durer le suspense, puisque c'est Matador qui l'a emporté, empochant du même coup le nouveau Prix "Reconstruire sur la ville". Le jury, pour lequel la polémique actuelle est totalement étrangère (aucun membre n'étant basé en Wallonie), a motivé son choix par la qualité du projet. Robert Treselj, sans vouloir entrer dans la polémique, a avoué que ce choix du jury lui a valu des heures stressantes mais qu'il était heureux que cette réalisation ait été mise à l'honneur. Pour le palmarès complet, nous vous renvoyons à notre précédent article. Remarquons simplement que tous les bureaux ayant remporté un prix (à l'exception peut-être du bureau Arcadus, pour le nouveau Prix du Patrimoine) sont basés... à Bruxelles. Un comble pour un Grand Prix de l'architecture wallonne... ou simplement un écho au manque de confiance des architectes wallons que Robert Treselj relevait dans son discours ?