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12 oktober 2015 | YASMINE DEPRET

La gare d'Herstal, Grand Prix d'Architecture de Wallonie (ARJM)

Différents niveaux d'espaces publics qui dialoguent avec le site Illustratie | Filip Dujardin
Un bâtiment repère dont la présence structure le paysage Illustratie | Filip Dujardin
Un belvédère sur la ville et des matériaux à l'épreuve du temps Illustratie | Filip Dujardin
Un projet qui profite de la déclivité du site pour une composition paysagère radicale Illustratie | Filip Dujardin
Le bâtiment marque le paysage de sa présence et s'impose comme un nouveau repère. Illustratie | Filip Dujardin
Vue sur l'ancienne et la nouvelle gare : nouvelle écriture, nouvelle page de l'histoire urbaine Illustratie | Filip Dujardin

Le Grand Prix d’Architecture de Wallonie dans la catégorie non-résidentiel vient d’être décerné à la toute nouvelle gare d’Herstal : un bâtiment remarquable tant pour la qualité de la démarche que de l'exécution. Et l’occasion d’une rencontre avec le bureau bruxellois ARJM pour découvrir les tenants et aboutissants du projet.

Structurer, articuler, polariser

Les enjeux sur le site ont été nombreux et le chantier stratégique : Il faut en effet en priorité revaloriser le quartier, le reconnecter au centre-ville et reconstituer une armature urbaine capable de supporter une amélioration progressive du cadre de vie. C'est à l'association momentanée Arcadis Belgium / SUM Project / ARJM qu'a été confiée en 2008 la délicate mission de transcrire spatialement les attentes des habitants et des élus en matière de requalification. Le bâtiment de la gare récemment achevé et ses abords immédiats s'inscrivent à l'articulation d'une nouvelle trame d'espaces publics constituée d'une place et d'un parc. Une nouvelle topographie aux fonctions multiples et à l'identité remarquable a été créée, invitant à la promenade comme un nouveau point d'attraction dans la ville.

 

La mise en scène d'un paysage

La requalification s'est appuyée sur la réactivation d’un morceau de paysage oublié. La contrainte de forte déclivité du terrain a été utilisée pour modeler une série de paliers successifs, recomposant le talus en le rendant plus esthétique et praticable. Ceci a permis à la fois d'amener les coteaux dans la ville et de retisser du lien entre les fragments de paysage par l’utilisation des perspectives. Le bâtiment articule l’ensemble de la composition en jouant un rôle de pivot et de repère aux différents niveaux, et en fournissant en espaces intermédiaires le cheminement entre la place et les quais. Il se signale depuis différents points de vue et redonne ainsi une lisibilité au tissu.

 

Un projet à plusieurs dimensions

La question de la redéfinition d'un bâtiment de gare en réponse aux enjeux contemporains a été centrale dans l'élaboration du projet et a permis d'envisager l'activation de nouveaux usages au coeur de la dynamique urbaine attendue. La décision d'enterrer la gare, survenue après de multiples essais de configuration, a permis de faire émerger la possibilité d'une architecture radicale : Rythme, lumière, épaisseur et relation avec l’espace public ont ainsi été questionnés. La conception du bâtiment a été guidée par le concept d'une structure génératrice de formes : L’implantation en U posée sur une double fondation vise à retenir les terres du talus et permet d’ouvrir généreusement la quatrième façade vers la place où un portique abrite les larges baies tout comme les visiteurs. La tour, qui fait office de signal, abrite les circulations verticales.

 

Le souci du détail

L'expressivité du bâtiment repose également sur sa matérialité. Le béton autocompactant, teinté de rouge aux oxydes de fer, a été choisi pour sa finition de surface et sa durabilité, avec néanmoins quelques contraintes : La collaboration de l'entreprise BAM Galère ainsi que de Febelcem a été cruciale dans l'élaboration et la mise en oeuvre de ce matériau au rendu exceptionnel. L’usage de coffrages en lattes verticales de bois a imprimé un motif dans la texture de surface. Le choix des matériaux avait pourtant d'abord été guidé par des questions de résistance face à l’usage intensif de l’espace public. Mais au-delà, l'emploi des matières dans leur configuration primaire permet effectivement de déployer un vocabulaire simple dont découle une définition claire des lieux publics. On notera la dimension sculpturale du bâtiment à laquelle contribue le choix d'isoler par l’intérieur, permettant de préserver l’expressivité du matériau de façade. Les techniques sont également intégrées à l'intérieur du projet. On relèvera enfin que le talus a été modelé à l'aide d'un engin piloté grâce à un système de type GPS pour obtenir une application parfaite du tracé en trois dimensions.

 

Le Grand Prix, révélateur d'une démarche

Pour le bureau ARJM, le prix s’inscrit dans une démarche de revendication publique d’une méthodologie qui intègre la question urbaine et celle de l’impact d’un projet d’architecture dans son environnement. Il est également révélateur d’un engagement tenace pour atteindre une qualité de projet et exprimer de nouvelles tendances, où la conception des espaces s’inspire de la société et de sa culture. La démarche du bureau se caractérise en outre par la recherche d'un certain degré de perfection en tant qu'approche conceptuelle. Ce projet-ci, déjà récompensé et qui n'est pas encore ouvert au public, sera également candidat au Prix Belge pour l'Architecture. Nous leur souhaitons beaucoup de succès.