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28 oktober 2015 | YASMINE DEPRET

GPAW 2015 : Le château d'eau de Ghlin, un ouvrage d'art signé V+

Un nouveau repère paysager au cœur d'une zone d'activité économique en plein essor Illustratie | © V+
Illustratie | © Maxime Delvaux
Illustratie | © Maxime Delvaux
Illustratie | © Maxime Delvaux
Illustratie | © Maxime Delvaux
Illustratie | © Maxime Delvaux
© Maxime Delvaux

À Ghlin a été construit un château d'eau qui ambitionne de devenir une nouvelle icône architecturale. Il vient en effet de remporter le Grand Prix d'Architecture de Wallonie dans la catégorie 'Espaces publics et ouvrages d'art' et est nominé au Prix Belge d'Architecture 2015. Le bureau d'architectes bruxellois V+ "Vers Plus de Bien-être" en est l'auteur et nous a livré quelques détails sur sa conception.

La rencontre d'une démarche et d'une commande

Le bureau V+ qui existe depuis 1998 s’est spécialisé dans la commande publique à partir du projet de cinéma Sauvenière à Liège dans la dynamique d'ouverture des concours aux jeunes bureaux. Sa démarche questionne l’expression culturelle de l'architecture, l’esprit d’expérimentation et la recherche de l’œuvre originale au travers de collaborations multiples.

De son côté, l'intercommunale IDEA a lancé en 2012 le chantier d’aménagement du nouveau château d’eau dans le cadre du développement de la zone d’activité économique de Ghlin-Baudour. Son ambition était de créer, le long du canal et en bordure de la route de Wallonie, un point d'appel à l’allure relevante et contemporaine pour accompagner l’essor de la zone. Le bureau V+ s'est associé pour l'occasion aux bureaux d'études Greisch (stabilité), SNS Lavalin (techniques spéciales) et Jacques Fryns (éclairage). Le projet au parti radical, qui exprime formellement l'équilibre entre créativité et technicité, est sorti du lot et a pu être exécuté tel que présenté initialement.

 

Un objet scénographique support à l’imaginaire

L'ouvrage de 52 mètres de haut est un véritable signal qui s'impose au paysage. Le bureau a conçu un bâtiment iconique dans l'idée de mieux faire accepter l’imposante structure. La proposition repose sur une figure familière stylisée qui sollicite l’imaginaire : Envisager de pouvoir monter sur le bâtiment, voir son aspect évoluer selon le point de vue et la lumière, mais aussi en percevoir toute la subtilité structurelle, sont les biais par lesquels se noue une relation avec l'objet décrite par le bureau comme création d’un lien émotionnel et narratif. L'enveloppe légère en métal déployé donne une transparence au volume déposé de la cuve qui s'illumine la nuit par un jeu de LEDs. La suggestion d’une possible reconversion de la plate-forme en restaurant panoramique vient faciliter l’ancrage du nouvel édifice en introduisant l'idée d'un futur possible. En plus de sa fonction initiale et malgré les contraintes, le bâtiment assume in fine différents rôles : celui d’enseigne, de repère spatial et de monument.

 

De l’art de l'ingénieur et du bâtisseur

L'étude de stabilité de Greisch a permis de faire se rencontrer la forme dissymétrique et en apparence instable de l'ouvrage avec les contraintes de descentes de charges, sismiques, de fondation et de contreventement. L'ouvrage met en jeu différents systèmes de reprise d'efforts pour parvenir à un équilibre complexe sous-tendant l'expressivité structurale du projet : Jeu sur le déséquilibre, mouvement de torsion, fragilité apparente, mise en suspension de la charge sur de frêles jambages, sont autant d’effets dynamiques qui confèrent à l’édifice sa capacité d’interpellation mais qui en appellent aussi à de complexes calculs en trois dimensions.

Le chantier de l’entreprise Franki a duré 21 mois. Des pieux de 150 tonnes ont été ancrés à 10 mètres sous le niveau du terrain naturel près des cuves enterrées de la réserve d'eau. Les coffrages particuliers à chaque pied de la structure ont été fabriqués sur mesure. Des tirants provisoires ont été posés pour maintenir les poteaux inclinés en place avant que le plateau supérieur ne soit monté. La cuve préfabriquée au sol a été levée à l'aide d'une grue spéciale et la grille métallique qui l’enveloppe a été posée sur une charpente montée au-dessus d’une résille de poutres en béton précontraint. Celle-ci est suspendue à deux arcs métalliques suivant les diagonales, le tout à plus de 40 mètres de haut. Un chantier impressionnant et d’une grande technicité.

 

Récompenses et résultats

Selon le bureau V+, le Grand Prix d'Architecture de Wallonie aura surtout récompensé l’originalité du projet. Très fier néanmoins d’avoir pu ériger un monument et sur base de l’expertise acquise, il envisage la conception d’autres ouvrages du type. La réception provisoire du château d'eau de Ghlin a eu lieu en janvier 2015 et le projet a déjà fait l’objet de nombreuses publications. Soulignons que la construction de cet ouvrage extraordinaire aura été l’occasion de marquer une fois de plus le paysage d’une signature contemporaine de qualité. Ce résultat lié à la qualité et à l’ambition de la commande aura permis de concilier le geste architectural aux impératifs techniques selon un principe de collaboration audacieux. L’illumination et sa mise en images viendront bientôt apporter la touche finale au projet et souligner sa force d’impact et de séduction.