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14 september 2018

Jean Cosse, le savoir de la main

Illustratie | Architrave / Photo originale (c) Raymond Delcommune
Illustratie | (c) Jean Cosse
Illustratie | (c) Jean Cosse
Illustratie | (c) Jean Cosse
Illustratie | (c) Jean Cosse
Illustratie | (c) Jean Cosse
Illustratie | (c) Jean Cosse

Le 18 septembre 2016 disparaissait l’architecte Jean Cosse. Le 16 octobre 2018, en commémoration, une soirée événement est organisée à l'initiative de la Faculté d'architecture, d'ingénierie architecturale, d'urbanisme UCL-LOCI, des Instituts Saint-Luc de Bruxelles, de l'Union Professionnelle d'Architectes UPA-BUA, de l'Association des Architectes du Brabant wallon/AABW, et avec la participation de la Maison de l'urbanisme du Brabant wallon/ MUBW-CCBW. A cette occasion, la revue Architrave a publié dans son dernier numéro un intéressant portrait de l'architecte sous la forme d'une interview fictive. Nous vous invitons à découvrir ce texte.

 

Professionnel reconnu, enseignant réputé, Jean Cosse a également été membre de la Classe des Arts de l'Académie Royale de Belgique. L'ensemble de son œuvre a été couronnée en 1993 par le Grand Prix d'Architecture de Belgique. Ce professionnel réputé reste pourtant méconnu du grand public alors qu'il bénéfice d'une renommée internationale pour ses créations qui se distinguent par leur pureté et l'intégration dans leur environnement.

 

Le parcours de Jean Cosse

Diplômé Architecte en 1954, Jean Cosse s'est fait connaître par ses villas mais également par ses églises, ses abbayes, ainsi que par des bâtiments scolaires remarqués. Ses constructions, qui ont réinterprété de façon considérable l'intégration au paysage, les proportions, la sobriété et les formes de l'architecture vernaculaire, ont inspiré de très nombreux architectes de sa génération. En 1975, ses habitations firent l'objet du livre Jean Cosse, des maisons pour vivre écrit par le Père Frédéric Debuyst.

La carrière de Jean Cosse débute et se déroule essentiellement en Brabant wallon, aujourd'hui ponctué de dizaines de maisons unifamiliales et de bâtiments scolaires. Dès ses premières œuvres, imprégné par l'esprit de simplicité de l'architecture nordique, il développe une architecture simple, réalise avec limpidité l'équilibre des formes et des fonctions, la pureté des espaces, le jeu des pleins et des vides : l'exemple type est sa maison personnelle. Parallèlement, son attention se porte sur le logement social et il signe plusieurs réalisations, notamment deux ensembles pour le compte de la Petite Propriété terrienne, à Ciney, au quartier du stade (1er Prix de l'Institut National du Logement en 1963) et au square Kennedy, à Biron. En 1965, il reçoit le 1er prix Maison Européenne ainsi que la Médaille du Roi.

Ses réalisations en milieu urbain, le collège Erasme à Louvain-la-Neuve, le Forum de l'Institut Saint-Luc à Saint-Gilles et le C.R.E.P.A.C à Limal marquent un tournant vers une expression architectonique rigoureuse et ordonnancée par le jeu de contreforts vigoureux.

Ses édifices religieux en Belgique et en France ont participé à la création de nouveaux modèles plus adaptés à l'évolution des pratiques tout en proposant des espaces intemporels, emplis de sérénité et propices au recueillement. Parmi ceux-ci, l'Eglise Saint-Paul de Waterloo, l'Eglise Saint-Laurent de Dongelberg, le Monastère Saint-André de Clerlande situé à Ottignies mais aussi l'Eglise Saint-François d'Assise à Louvain-la-Neuve ; en France l'abbaye « Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire » en Bourgogne ou encore, moins connue, l'église Sainte-Claire à Vauréal. On lui doit aussi la transformation complète de l'église de Mont-Godinne, mélange d'éléments modernes – dont un curieux clocher cubique – et anciens.

En tant que professeur, son enseignement, prodigué à l'Institut Saint-Luc de Bruxelles et à la Faculté Polytechnique de Mons, a profondément marqué de nombreuses générations d'étudiants.

Ses œuvres ont fait l'objet de plus de deux cents publications réparties dans onze pays différents.

Plutôt que d'établir un répertoire de ses œuvres et rédiger un texte qui ne saurait être qu'une transposition maladroite, nous vous proposons d'évoquer, sous forme d'un dialogue fictif reconstitué à partir d'écrits ou d'enregistrements, la pensée de Jean Cosse. Pour ceux qui l'ont connu, il sera facile, à travers les mots couchés sur papier, de réentendre le timbre et le phrasé si représentatif de la sensibilité et des convictions de l'homme qu'il fut.

 

L'interview (fictive)

Une première question simple mais fondamentale : que représente, pour vous, l'architecture ?

L'Architecture est le premier des arts. Art de l'espace, au-dedans, au dehors. Art de l'espace construit. Donc art de la construction. L'art des formes justes et belles sous la lumière, dans la lumière. À travers l'espace, les formes, la construction, l'Architecture exprime des valeurs inscrites dans un programme de départ. Elle sert des fonctions, en exprime le sens.

L'Architecture est le livre ouvert de l'histoire des hommes. Elle nous décrit leurs aspirations, leurs rêves, leur culture, leurs croyances, leurs connaissances. L'esprit du temps.

L'Architecture sert l'homme dans toutes ses dimensions. Physique, intellectuelle, sensible, spirituelle. Il nous faut pour répondre à cette exigence assimiler, transposer dans notre œuvre les propriétés de la vie. Vivre en soi les problèmes humains auxquels nous cherchons une réponse. Étudier la structure mathématique de la forme. Associer la science de la matière, la science de l'homme. Biologie. Physiologie. Psychologie. Sociologie. L'Architecture en est la résultante dans l'espace, en fonction du temps.

 

Dans la recherche de cette réponse juste au service de l'homme, quelle est la principale source d'inspiration qui fonde votre démarche ?

L'inspiration… C'est la vie.

La vie des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Leurs besoins… leurs désirs… leurs rêves…

Le lieu. L'environnement immédiat, le relief du terrain, la nature du terrain – limon, sable, roche, le relief du sol, le voisinage construit. Le climat, les orientations, le soleil, la pluie, le vent… Le lieu à l'échelle de la région, son caractère, que je m'efforce de restituer dans mon architecture.

L'histoire, exemple de modernité – évolution des styles, non pour en imiter les formes mais pour comprendre le processus qui va de l'intention à la construction, nouveauté dans la continuité…

Les architectures naturelles, objets de la nature.

 

Une des caractéristiques de votre architecture, mise en évidence dans les nombreux articles de presse et publications vous concernant, est l'attachement au lieu, à la nature. Le qualificatif le plus fréquemment utilisé est « régionaliste ». Qu'apporte cet enracinement ?

Aujourd'hui mes objectifs sont d'actualité avec l'Europe des Régions et le besoin d'identité. Moi, j'aime l'architecture brabançonne qui est une architecture de pignons et de murs. Le lieu est envisagé comme un territoire précis dont les limites font naître l'intérieur et l'extérieur. Il va de la région à la ville, à la place… L'espace y acquiert une identité et par là devient référence pour notre existence. On se souvient des lieux.

 

Poursuivez la lecture de cet article dans le numéro 197 de la rue Architrave.