ACEC Herstal : d’une friche industrielle à un écosystème urbain circulaire

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À Herstal, l’ancienne friche des ACEC se transforme en un véritable laboratoire de ville circulaire. Ce projet emblématique, dirigé par SPI en collaboration avec la Ville de Herstal, Urbeo et la Société Régionale du Logement de Herstal ainsi que de nombreux partenaires publics et associatifs, illustre comment une ambition forte de circularité peut structurer l’ensemble d’un réaménagement urbain.

Un projet à la croisée des transitions

Derrière les façades encore industrielles de l’ancien site des Ateliers de Constructions Électriques de Charleroi (ACEC), c’est une tout autre vision du territoire qui se met en place : celle d’un urbanisme circulaire, résilient et inclusif. Ce vaste site de 27 hectares, niché au cœur de la trame urbaine de Herstal, fait l’objet depuis 2017 d’un processus de reconversion ambitieux, guidé par une logique de sobriété, de réemploi et de mixité des fonctions. Pour SPI, maître d’ouvrage et propriétaire de parcelles et de bâtiments présents sur le site, ce réaménagement de grande envergure constitue un véritable projet-test, dont les équipes espèrent dégager des enseignements précieux et des pratiques vertueuses en vue de projets futurs.

« Ce qui rend ce dossier intéressant, c'est son aspect démonstrateur. On est sur un site où la circularité se retrouve à tous les niveaux, du masterplan jusqu'à la mise en œuvre, y compris celle par les futurs usagers. L’ensemble des organisations actives sur le site contribuent à cette vision systémique et cohérente. Au-delà du portefeuille de projets immobiliers circulaires, c'est un quartier qui va vivre de manière circulaire », souligne Maryse Degraen, référente Transition et Circularité au sein de SPI.

 

La circularité comme fil conducteur

Le projet repose sur une approche globale de la durabilité, appliquée dès la phase de conception du masterplan. Confié au bureau Paola Viganò, ce plan directeur combine trames verte et bleue, mobilité douce, gestion optimisée des flux, économie de la ressource et préservation du patrimoine. Forts de cette vision commune, les partenaires ont rédigé le guide Greenlife qui propose une approche concrète pour tout acteur présent sur le site, autour de sept axes durables. La circularité s’y est vue renforcée, ce qui, combiné à un ensemble de caractéristiques propres au site et une volonté interne forte, a permis à SPI de déployer les projets suivants :

  • Maintien, conception circulaire et réemploi du patrimoine bâti : le hall industriel de 7000m², destiné à accueillir un ilot d’entreprises Indoor, est conservé et réhabilité avec une logique de « réemploi imposé ». Référent circulaire, inventaire, reconstruction de façades avec châssis de réemploi, maquette BIM, outil d’aide à la décision TOTEM, adaptabilité… autant de caractéristiques circulaires de ce dossier mené, comme les autres, en marché public.

 

  • Recyclage et réemploi in situ : les bétons et bois issus des démolitions sont réutilisés directement sur le chantier de voirie ; les briques des annexes déconstruites sont nettoyées et réutilisées pour rénover les façades ; les structures métalliques des annexes sont démontées et stockées en attente d’une seconde vie. SPI limite ainsi le transport de matériaux et les déchets.

 

  • Traitement in situ de la renouée du Japon : Une zone du site était contaminée par cette plante invasive. Son éradication reste un processus très difficile, nécessitant l’excavation d’un grand volume de terre et habituellement un traitement hors site (par enfouissement profond ou traitement thermique). Sur le site des ACEC, les terres contaminées par la renouée ont été excavées, puis traitées sur site, ce qui permet de réduire considérablement l’impact écologique. 

 

  • Assainissement innovant : pour certaines zones touchées par de la pollution en solvants chlorés, SPI a recours à la mycoremédiation. Une étude pilote a en effet démontré que le mycélium de certaines souches de champignons est capable de dégrader ce type de polluants dans un délai de 6 mois à 1 an. « Un des avantages de cette technique, comme pour le traitement de la renouée du Japon, est le maintien des terres sur site. C’est une solution plus sobre et cohérente avec la vision circulaire du projet », explique Maryse Degraen.

 

  • Aménagement circulaire des voiries et équipements : au-delà de l’optimisation de la gestion des terres excavées, on peut noter l’imposition du maximum de granulats recyclés autorisé par le CCTB, et la prescription de produits biosourcés ou recyclés, comme les dalles de parking et le paillis en laine de mouton.  .
     

 

Des infrastructures sobres et mutualisées

L’urbanisme circulaire se traduit aussi par une densification raisonnée, la mutualisation des fonctions, la réutilisation des espaces vacants, le développement d’un réseau de chaleur (Herstal Énergie Verte), ainsi qu’une mobilité multimodale intégrée. La "Low-Line", axe de circulation douce reliant la gare SNCB située à 2 km, devient la colonne vertébrale du site.

Le futur jardin nourricier illustre une volonté de reconquête écologique et sociale. Il combine agriculture urbaine, formation citoyenne et insertion socioprofessionnelle sur une surface de 2,5 hectares.

« Le site ACEC, c’est un terrain de jeu à ciel ouvert pour la circularité. On coche toutes les cases : dépollution, voiries, bâti, partenaires, mobilité... C’est idéal pour tester une approche circulaire systématique et cadrée » ajoute Maryse Degraen.

 

Un écosystème de projets circulaires

Au-delà de l'aménagement, le site devient un véritable écosystème grâce à des initiatives locales portées par des associations et acteurs sociaux. Le programme Cassiopée regroupe plusieurs projets comme :

  • Woodstock Circular : tri sélectif du bois déclassé, réemploi via une matériauthèque et ateliers de menuiserie ;
  • Nouvel'R : ateliers d’upcycling et formations pour demandeurs d’emploi autour du mobilier récupéré ;
  • InteGRaVert : cluster transfrontalier autour des métiers de la transition écologique, axé sur les pratiques low-tech, l’alimentation durable et le zéro déchet.
  • Bau-Regain : projet Territoires Zéro Chômeur longue durée, notamment au travers de production de mobilier urbain au départ de déchets-ressources. Les ACEC font partie du territoire couvert par l’ASBL. On retrouvera sur le site dix bancs réalisés par les bénéficiaires du projet.
     

Une gouvernance au service de la transition

SPI joue ici un rôle de facilitateur de circularité. L’organisation a mis en place un groupe projet « Immobilier Circulaire » qui porte la circularité au sein de projets pilotes menés par SPI, pour son propre compte ou ceux de ses partenaires.

Ce choix d’intégrer la circularité comme boussole stratégique permet une meilleure coopération entre acteurs publics et privés, tout en ancrant les investissements dans une vision à long terme basée sur l’analyse du cycle de vie.

« La circularité, c’est de la rénovation au carré. Il faut apprendre à composer avec l’incertitude, les pratiques nouvelles, et le risque relatif, dans une économie encore fort linéaire dans son organisation. Nous devons écrire nos marchés dans une perspective de coopération et d’agilité. Il faut tester, corriger, et surtout, c’est un changement de posture », insiste Maryse Degraen.

 

Un modèle régional inspirant

Le réaménagement des ACEC est bien plus qu’un projet urbain : c’est une démonstration concrète que la transition circulaire peut structurer des dynamiques locales d’emploi, de durabilité et de cohésion territoriale. Le site est d’ailleurs appelé à devenir un "site totem" de la circularité en province de Liège, avec un projet de visite virtuelle et pédagogique en cours de construction (avec l’IFAPME Liège, l’Instance Bassin EFE Liège et Buildwise).

Comme le rappelle Maryse Degraen, « les projets circulaires valorisent aussi les compétences de terrain, celles des bureaux d’études, des entreprises de travaux y compris leurs sous-traitants, des artisans. Ce sont eux qui donnent corps aux ambitions du maître d’ouvrage ».

 

 

 

 

Regard de terrain : SPI, levier de transformation territoriale

SPI est l’agence de développement territorial de la province de Liège. Active sur les zones francophone et germanophone, elle accompagne notamment les communes, les supracommunalités et les acteurs publics dans des projets d’aménagement, de reconversion de friches, ou encore de développement immobilier.

Historiquement engagée dans l’aménagement de parcs d’activités économiques, SPI a progressivement intégré les enjeux de durabilité et de circularité dans l’ensemble de ses activités. Elle est notamment à l’origine de projets pionniers comme le Val Benoît, et pilote aujourd’hui des démarches ambitieuses sur des sites comme les ACEC à Herstal ou les Ateliers Centraux de Seraing.

SPI agit selon plusieurs leviers : maîtrise d’ouvrage directe, assistance à maîtrise d’ouvrage, portage immobilier et foncier, ou encore conseil stratégique. A terme et pour chaque dossier pertinent, SPI a pour ambition de faire de la circularité un réflexe collectif, adapté aux réalités des territoires wallons.

 

 

Regard de terrain – Caroline Rondelle, architecte et cheffe de projet à la Maison de l’Urbanité (Liège)

Organisatrice de la visite du site des ACEC en septembre 2025, la Maison de l’Urbanité s’engage depuis plus de 30 ans à sensibiliser le grand public aux enjeux urbains. Elle accompagne les mutations du territoire en rendant visibles des démarches novatrices comme celle de Herstal.

« Ce projet montre que la circularité n’est pas une utopie. Même en Wallonie, on peut transformer un site complexe en un morceau de ville durable, à condition d’y mettre du temps, de l’ambition et du dialogue. »

La Maison de l’Urbanité, qui collabore depuis plusieurs années avec SPI, a vu dans la reconversion des ACEC une opportunité pédagogique majeure. Mais elle rappelle aussi que les projets circulaires exigent de la patience, notamment pour intégrer des solutions comme l’assainissement in situ ou le réemploi.

Un enseignement clé ? « Le surcoût initial de certaines démarches circulaires est largement compensé par les bénéfices à long terme : durabilité, adaptabilité, économies d’énergie et de ressources », conclut Caroline.

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