Archi-militant | Belgium Square : quand Brussels Expo se trumpise
On pensait avoir atteint le sommet du kitsch avec Trump et sa salle de bal. J'ai trouvé plus fort. C'est au nord de Bruxelles que ça se passe, du côté du plateau du Heysel.
Il y a peu, j'ai appris que le gouvernement de Bruxelles-Capitale a dégagé 150 millions d'euros misés sur une société anonyme de droit privé en vue de mettre le pied à l'étrier de l'asbl Brussels Expo afin de lui permettre d'aller plus loin dans son master plan Belgium Square. Rappelons que ce projet, pièce intégrante du puzzle des projet Neo successifs, a pour ambition de moderniser les bâtiments vieillissants du plateau du Heysel, mais aussi et plus largement, de créer une infrastructure qui déborde des palais que l'on connaît depuis l'expo '35 pour dégringoler en contrebas et sous la place de Belgique.
Quand on a dit ça, pas encore de quoi fouetter un chat, même si les développements envisagés ne respirent ni l'esthétisme, ni l'intégration et encore moins la mixité des usages pourtant prescrite par la Région. Mais là où je pleure de rire en pensant à Trump, c'est quand je vois cette prétentieuse et vaine affirmation selon laquelle l'aménagement prévu sera visible depuis l'espace. En plus des congressistes venus du monde entier, le projet de réaménagement va donc drainer des extra-terrestres vers notre bon vieux plateau du Heysel.
Ce qui est plus regrettable à cet égard, c'est que le projet a été mis entre les mains de JWC, un poids lourd allemand des projets d'aménagements de business hospitality. Lourd financièrement, mais lourd aussi dans l'approche architecturale, culturelle et environnementale. Un développeur plus affûté, plus inspiré et plus délicat ne pouvait-il donc pas être déniché ? En Belgique, mais aussi ailleurs en Europe, des noms reconnus auraient pu apporter au plateau du Heysel et aux palais une cure de jouvence qui n’allait pas les transformer en Dubaï-bis. Le suisse Herzon & de Meuron qui aurait par exemple sans doute privilégié une mise en évidence des qualités architecturales de l’existant plutôt que l’addition d’infrastructures boudinées tout autour des palais 2, 4, 5, 6 et 10 de style Art Déco classicisant, dont il convient de rappeler qu’ils sont inventoriés au patrimoine architectural bruxellois.