Archi-militant | Laissons la grue à boule un peu plus souvent au placard
Lorsque le marché fait face à des ruines dont la restauration est forcément coûteuse, il n'échappe à personne (parmi nos lecteurs) que l'option souvent privilégiée est celle de la destruction, de la mise à blanc, bref de l'anéantissement. Il y a beaucoup à dire à propos de ce fait que je considère pour ma part comme un symptôme d'une société qui n'a plus forcément le sens des valeurs.
Lorsqu'il s'agit d'un édifice sans style, la destruction d'un bâtiment ancien n'est évidemment pas tragique, mais que dire quand on fait face à des témoignages particuliers du passé, réalisés dans un style architectural bien assumé, pensés par des architectes soucieux du détail, des bâtiments représentatifs de leur époque, des ouvrages qui ont souvent été réceptionnés avec tous les honneurs par des maîtres d'ouvrage attentifs et sensibles au travail réalisé. Souvent, ces édifices ont traversé les décennies et parfois même les siècles en prenant une place bien particulière dans l'environnement de nos grands-parents, de nos arrière-grands-parents et même de nos arrière-arrière-grands-parents.
Désormais, chez les bâtisseurs lambda, je ne vois plus grand monde qui s'embarrasse de l'histoire d'un bâtiment. Généralement, le sort d'un ensemble architectural qui affiche un âge vénérable se décide à l'aune de son état de délabrement. Lorsque l'édifice n'est plus qu'un tas de ruines, la décision d'abattre tient à une évaluation subjective du poids financier qu'implique sa restauration ou sa reconstruction. Forcément subjective parce qu'on sait qu'avec une restauration ou une reconstruction, on est toujours dans des zones budgétaires qu'il est devenu difficile d'assumer en cette époque de grande disette.
Mais voilà-t-y pas qu'un vieux dossier qui concerne une bricole isolée du site de Tour & Taxis vient me rappeler que ce monde n'est pas peuplé que de brutes. Et qu'il se trouve encore finalement des décideurs sensibles aux témoignages architecturaux du passé, même lorsqu'ils sont en piteux état et que leur restauration coûte un pont. C'est le cas de la gare de triage de Tour & Taxis. Ce bâtiment est dans un état de délabrement avancé, mais son propriétaire (le Port de Bruxelles) s'obstine à garder toutes les options ouvertes lorsqu'il envisage son avenir. Celui de sa destruction si les propositions qui arrivent au Port sont vraiment complètement déraisonnables. Ou celui de sa restauration, même si c'est au prix de la mobilisation de moyens financiers importants. Sortir du réflexe immédiat de la "destruction" et attendre qu'une proposition intéressante arrive est déjà un grand pas à mon sens. Et la réaction de la secrétaire d'Etat Vooruit Ans Persoons qui a également pris fait et cause pour le bâtiment me soulage aussi quelque peu. Vous me direz que c'est tout de même bien là la moindre des choses. Après tout, elle est quand même chargée du Patrimoine... Quand même, saluons cette prise de position. Ça incitera peut-être d'autres à réfléchir à deux fois avant de sortir la grue à boule.