Archi-militant | On a retrouvé le papa du “chameau qui pue”

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S’il y a bien quelque chose que je trouve minable en politique, c’est bien le raclage de voix. On saupoudre un peu de ceci-cela par-ci pour s’attirer les faveurs des représentants du monde économique; un peu de ceci-cela par-là pour séduire la classe moyenne; et quand on n’est pas encore assez repu, on surcharge le tout d’une dernière couche, façon chantilly bon marché.

Le saupoudrage et la surcharge façon chantilly bon marché, c’est précisément ce que vient de faire l’inénarrable Georges-Louis Bouchez en refusant de financer la baisse du taux de TVA sur les constructions neuves et les rénovations. Rappelons que cette proposition émanant de la NVA était particulièrement cohérente. Elle visait à relever le taux normal de TVA de 21 à 22%, à harmoniser les taux réduits de 6 et 12% à 9%, ce qui aurait permis d’abaisser la TVA sur les nouvelles constructions de 21% à 6 ou 9%.

En Belgique comme dans certains autres pays d’Europe, l’accès à la propriété est de plus en plus compliqué. Les biens sont rares et chers. Les salaires de plus en plus étriqués (malgré l’indexation appliquée en Belgique). Les taux d’intérêt sont repartis à la hausse après une baisse relative enregistrée en 2025. Et les nouvelles constructions peinent à sortir de terre. Bref, les personnes qui doivent se trouver un toit sont renvoyées vers un marché de la location de plus en plus tendu, avec des loyers qui frisent de plus en plus souvent l’indécence. Les personnes en quête d’un toit ne sont pas les seules à souffrir de la situation. Le secteur est lui aussi aux abois, d’autant que les commandes publiques sur lesquelles les entreprises de construction ont souvent pu se rattraper sont pour l’instant également en berne. 

Face à cette situation, Georges-Louis Bouchez n’a rien trouvé de mieux que d’ergoter sur l’augmentation de 1% de la TVA. En passant de 21 à 22%, celle-ci allait à son estime à l’encontre du mantra des libéraux francophones : stopper à tout prix la rage taxatoire. Soit… Sauf qu’en agissant de la sorte, le président du MR feint d’ignorer qu’à l’instar de toutes les économies libérales, l’économie belge fonctionne de manière systémique. Et que les ressources retirées par l’Etat de la TVA permettent précisément de mettre un peu d’huile là où il en manque. Percevoir 1% sur la consommation globale va certes légèrement rogner le panier de la ménagère ; mais d’un autre côté, cette ponction permettra de redynamiser un secteur essentiel. Essentiel parce qu’il n’aura échappé à personne que se loger à prix raisonnable est un fondamental de nos sociétés modernes. Mais essentiel aussi parce que le secteur de la construction est un des moteurs de notre économie. 

Tout cela, Georges-Louis Bouchez le sait, mais en ratissant du côté des 11 millions de Belges qui vont sans doute (pour certains en tout cas) être sensibles à son argumentaire sur l’impossibilité d’augmenter la TVA de 1%, il cherche sans doute à briller auprès du plus grand nombre. Et c’est précisément ce qui a donné naissance au fameux “chameau qui pue” évoqué par Bart De Wever. En politique comme dans la vie, choisir, c’est renoncer, mais c’est aussi avancer. Et à cet égard, Bouchez fait plutôt dans l’immobilisme. Et dans le poujadisme.

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