EUDR : le nouveau défi européen pour la filière bois
Pourquoi PEFC s’impose comme partenaire incontournable face aux exigences du nouveau règlement ?
Depuis le 29 juin 2023, un changement de cap réglementaire s’annonce pour l’ensemble des acteurs de la filière bois opérant sur le marché européen. Avec l’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation (EUDR – European Union Deforestation Regulation), les ambitions environnementales de l’Union franchissent une nouvelle étape, plaçant la traçabilité, la transparence et la conformité au cœur des chaînes d’approvisionnement. Ce règlement, initialement prévu pour l’année 2026, est cependant susceptible d’être décalé d’un an, notamment pour répondre aux préoccupations concernant le degré de préparation des systèmes informatiques indispensables à la mise en application de cette application.
Quoi qu’il en soit, derrière cette ambition réglementaire, une réalité concrète : les entreprises devront fournir des preuves précises et documentées que les produits qu’elles mettent sur le marché ne sont liés ni à la déforestation, ni à la dégradation des forêts. Un défi administratif, logistique et opérationnel d’ampleur.
Dans ce contexte, PEFC, acteur reconnu de la certification forestière durable depuis plus de 25 ans, apparaît comme un partenaire naturel et structurant. L’organisation, qui a déjà intégré une grande partie des exigences du nouveau règlement dans ses propres standards, propose aujourd’hui des outils concrets pour accompagner les entreprises dans cette transition, tout en soulignant un point fondamental : la conformité ne suffit pas. La durabilité doit rester l’objectif.
Un règlement ambitieux, à la portée universelle
Adopté pour lutter contre la contribution de l’Union européenne à la déforestation mondiale — estimée à près de 10 millions d’hectares par an — l’EUDR s’inscrit dans le prolongement du précédent règlement EUTR, qu’il remplace désormais. Mais là où l’EUTR se focalisait principalement sur la légalité du bois importé ou commercialisé en Europe, l’EUDR va beaucoup plus loin.
Il impose aux entreprises de prouver non seulement la légalité, mais aussi l’absence totale de déforestation ou de dégradation des forêts, à travers une diligence raisonnée rigoureuse (due diligence). Sont concernées sept matières premières : le bois, bien sûr, mais aussi le bœuf, le soja, l’huile de palme, le cacao, le café et le caoutchouc — ainsi que tous leurs produits dérivés comme le papier, le carton, les meubles ou les contreplaqués.
Le champ d’application est large et englobe tous les acteurs de la chaîne. Chaque entreprise qui commercialise, importe, exporte ou revend ces produits sur le marché européen est concernée. Deux types d’acteurs sont identifiés : les opérateurs, qui mettent un produit sur le marché de l’Union pour la première fois (souvent les exploitants, transformateurs ou importateurs), et les négociants, qui le revendent sans nécessairement le transformer. Si tous deux doivent pouvoir fournir des informations traçables, c’est bien l’opérateur qui porte la responsabilité complète de la conformité.
Nouvelles exigences, nouvelle complexité
Le principal changement introduit par l’EUDR repose sur l’obligation de collecter une série d’informations détaillées et géolocalisées. Les entreprises doivent documenter avec précision l’origine des matières premières utilisées, en mentionnant notamment la localisation exacte de la parcelle forestière, l’identité du propriétaire, l’essence de bois exploitée, la quantité, la date de récolte, ou encore la légalité de l’exploitation. Ces données doivent être encodées dans TRACES, une plateforme numérique européenne mise en place pour centraliser les déclarations de conformité.
L’enjeu est important. La mise en œuvre de cette diligence raisonnée implique pour chaque entreprise de revoir en profondeur ses chaînes d’approvisionnement, souvent complexes et fragmentées. Cela suppose aussi une capacité de suivi renforcée, une charge administrative non négligeable et un effort certain de mise à niveau des pratiques. Comme le souligne Samuel Oldenhove, secrétaire général de PEFC Belgique, « l’accès aux données de provenance nécessite de revisiter entièrement sa chaîne d’approvisionnement ».
PEFC, plus qu’un label, un outil d’aide à la conformité
Consciente des défis à venir, PEFC a décidé d’agir en amont. L'organisation a non seulement aligné ces normes et définitions avec les exigences EUDR en vue de coller au plus près de cette réglementation. Pour ce faire elle a développé un outil spécifique EUDR DDS (Due Diligence System) facilitant le travail pour les opérateurs en complément de l'alignement de ces standards forestiers.
Ce module accompagne les entreprises certifiées (ou celles qui souhaitent l’être) dans l’ensemble du processus imposé par le règlement, en les aidant à structurer leurs démarches de collecte d’informations, d’évaluation des risques et de mise en place de mesures d’atténuation. Le tout est ensuite audité, comme pour les autres certifications PEFC, par des organismes indépendants accrédités.
Parallèlement, les standards de gestion forestière durable ont été révisés au niveau international, et sont en cours d’alignement au niveau national pour coller au plus près du cadre législatif. Cette démarche vise à garantir que les forêts certifiées PEFC respectent, à la source, les attentes de l’Union européenne.
« L’avantage du système PEFC, c’est que nous allons bien au-delà de la simple vérification de conformité », ajoute Samuel Oldenhove. « Nous proposons un cadre de durabilité qui prend en compte la biodiversité, les aspects sociaux et les conditions de travail, ce que ne couvre pas l’EUDR », poursuit-il.
Mais il faut le rappeler clairement : être certifié PEFC ne garantit pas automatiquement la conformité à l’EUDR. Aucun système de certification n’a, à ce jour, été reconnu officiellement comme preuve directe de conformité par la Commission européenne. Toutefois, les textes reconnaissent explicitement le rôle facilitateur des certifications volontaires — et PEFC est particulièrement bien positionné sur ce terrain.
Une approche globale de la durabilité
Alors que l’EUDR se concentre avant tout sur la légalité et la lutte contre la déforestation, PEFC défend une vision beaucoup plus large de la gestion durable des forêts. L’organisation intègre des critères stricts en matière de biodiversité, de protection des cours d’eau, de diversification des essences, d’encadrement des coupes rases, de non-utilisation d’OGM ou encore de sécurité et d’égalité des chances sur le terrain.
Autrement dit, là où l’EUDR trace un cadre légal, PEFC propose un modèle de durabilité où les aspects environnementaux, sociaux et économiques sont en équilibre. Cette complémentarité est essentielle pour les entreprises souhaitant aller au-delà de la simple conformité et préserver les ressources. D’autant plus que les standards PEFC sont réévalués tous les cinq ans dans le cadre d’un processus de consultation multipartite réunissant l’ensemble des parties prenantes concernées par la gestion forestière.
Une mise en œuvre à tous les niveaux de la chaîne
Le module PEFC EUDR DDS s’adresse à tous les maillons de la chaîne : importateurs, transformateurs, négociants, mais aussi aux exploitants. En Belgique, où le bois est encore très souvent vendu « sur pied », la responsabilité de la conformité incombe aux exploitants qui effectuent les coupes et mettent physiquement le bois sur le marché. Ce sont eux qui devront assurer la collecte des données, la réalisation de la diligence raisonnée et l’encodage dans TRACES.
Pour faciliter ce travail, PEFC met la documentation utile à disposition sur son site web – des documents téléchargeables gratuitement – et s’appuie sur des partenariats technologiques internationaux (notamment pour la cartographie et la géolocalisation). L’organisme offre également un accompagnement personnalisé via son bureau belge. « Nous voulons être des facilitateurs. Notre rôle est de rendre ce processus le plus accessible et le plus sûr possible pour les entreprises, afin qu’elles puissent se concentrer sur leur activité tout en respectant la réglementation », insiste Samuel Oldenhove.
Pour les prescripteurs du secteur construction : une sécurité accrue
Pour les architectes, promoteurs, bureaux d’études ou entreprises générales actives dans une démarche de construction durable, cette évolution réglementaire offre une opportunité supplémentaire d’aller plus loin.
Choisir des matériaux certifiés PEFC et conformes à l’EUDR, c’est :
- S’assurer d’une traçabilité complète
- Minimiser le risque juridique
- Garantir une origine responsable
- Et s’inscrire dans une logique de responsabilité sociétale forte.
- D’un point de vue pratique, une entreprise certifiée pourra désormais apposer à la fois le label PEFC et un identifiant TRACES sur ses factures — une preuve solide à présenter aux donneurs d’ordre.
Un secteur mobilisé, des perspectives encourageantes
L’intérêt suscité par les récents webinaires organisés par PEFC en Belgique et à l’international témoigne de l’ampleur de l’enjeu. Plus de 150 professionnels ont assisté à la session organisée par PEFC Belgium, et jusqu’à près de 800 personnes la session conjointement présentée par PEFC Belgium et PEFC France. Pour le dernier webinaire en date, orchestré par PEFC International et qui s’est déroulée le 11 septembre, près de 1800 participants s’étaient inscrits.
Au-delà de la conformité, ces échanges traduisent une volonté de la filière de mieux comprendre les implications de l’EUDR, d’adapter ses pratiques, et de s’engager dans un modèle plus durable et transparent.
Conformité ou durabilité ? Et pourquoi pas les deux ?
L’EUDR marque un tournant réglementaire majeur pour les filières bois, cacao, café ou soja. Il impose une rigueur nouvelle en matière de traçabilité et de transparence. Mais il ne suffit pas à garantir une gestion durable et équitable des ressources forestières.
Dans ce contexte, PEFC se positionne comme un maillon fort entre la légalité imposée et la durabilité nécessaire. Plus qu’un label, c’est un système, un réseau, et un accompagnement. « Acheter du bois certifié PEFC donne des garanties supplémentaires aux prescripteurs : celles d’un approvisionnement rigoureux, audité et cohérent avec les ambitions européennes — mais aussi avec les défis climatiques et sociaux globaux », conclut Samuel Oldenhove.
EUDR : un soutien continu de PEFC Belgium
PEFC Belgium met régulièrement à jour sa page web dédié à l’EUDR,
www.pefc.be/fr/eudr – www.pefc.be/nl/eudr. Vous y trouverez les derniers documents utiles (FAQ, guides pas à pas, modules de formation, replays de webinaires), ainsi que les publications les plus récentes du SPF Santé publique et de la Commission européenne.
Le bureau belge de PEFC se tient à disposition pour accompagner les entreprises dans la mise en conformité avec le règlement.
N.B : Les discussions se poursuivent au sein de l’Union européenne autour de l’EUDR, avec plusieurs pistes de report ou d’adaptation encore à l’étude : une décision est attendue en décembre. Quelle que soit l’issue, PEFC ajustera son dispositif et maintiendra son accompagnement pour aider les entreprises à rester en conformité.
Plus d’infos : www.pefc.be