La passerelle suspendue de Caster franchit la tranchée du canal Albert
La Passerelle de Caster est bien plus qu’un simple projet d’infrastructure. Ce pont suspendu relie Lanaye au Fort d’Eben-Emael en franchissant la tranchée de Caster et le canal Albert à près de 50 mètres de hauteur. Le projet résulte d’une procédure « Design & Build » remportée par l’association ARGEA / SEA / EXPLOTECH. L’ouvrage reconnecte deux zones longtemps séparées tout en renforçant les liens entre les territoires voisins. Avec ses près de 200 mètres de longueur, la Passerelle de Caster est aujourd’hui la passerelle piétonne suspendue la plus haute de Belgique.
La Passerelle de Caster est une initiative des communes wallonnes de Visé, Bassenge et Oupeye, avec le soutien de la Région wallonne. Sur la rive gauche, la passerelle prend appui sur le plateau du Fort d’Eben-Emael, à Bassenge, tandis que son ancrage sur la rive droite se situe sur le territoire de Visé. La construction du canal Albert avait autrefois scindé la zone de randonnée de la Montagne Saint-Pierre. La passerelle rétablit aujourd’hui cette continuité en recréant un lien entre les deux versants du site. Sa structure légère a été conçue pour s’intégrer au paysage naturel.
Une passerelle liant deux régions séparées
Situé au croisement des Pays-Bas, de la Flandre et de la Wallonie, le territoire de la Montagne Saint-Pierre est marqué par un sous-sol calcaire qui a fortement influencé la vie locale et l’économie régionale. L’exploitation des carrières a façonné le paysage et laissé de nombreuses traces dans le territoire, tant à travers les carrières souterraines que les excavations à ciel ouvert ou encore les bâtiments traditionnels en pierre de marne.
Cette géologie particulière se révèle de manière spectaculaire dans la tranchée de Caster. Creusé dans les années 1930, le canal Albert y coupe la Montagne Saint-Pierre en deux entre l’écluse de Lanaye et le village de Kanne. Depuis lors, la partie située au nord du canal constitue une enclave wallonne séparée du reste du territoire régional. La construction du canal a également interrompu l’ancienne route militaire de Liège qui reliait Maastricht à Liège en suivant la crête de la Montagne Saint-Pierre. Les plateaux de Caster et d’Eben-Emael conservent encore aujourd’hui le tracé de cette voie historique.
Si les frontières entre les Pays-Bas, la Flandre et la Wallonie sont aujourd’hui peu visibles dans le paysage, elles continuent néanmoins d’influencer les coopérations territoriales. À travers ce projet, les communes de Visé, Bassenge et Oupeye souhaitent renforcer les connexions entre ces territoires et contribuer à la gestion commune de ce paysage transfrontalier.
La passerelle de Caster : une prouesse technique au service du territoire
Au cœur du projet se trouve la Passerelle de Caster, qui franchit la tranchée du canal Albert. L’ouvrage rétablit symboliquement l’ancienne liaison entre Liège et Maastricht tout en créant un nouvel itinéraire pour les randonneurs.
La passerelle mesure près de 200 mètres de long et surplombe le canal Albert à environ 50 mètres de hauteur. Sa largeur initiale de 1,2 mètre s’élargit progressivement en son centre sur une longueur d’environ 30 mètres pour atteindre 2,5 mètres. Cet élargissement permet aux visiteurs de s’arrêter et d’observer le paysage environnant. La structure repose sur deux pylônes asymétriques : un pylône de 17 mètres de haut côté Bassenge et un pylône de 8 mètres de haut côté Visé.
Le projet a également été conçu pour être accessible et inclusif. Les personnes à mobilité réduite peuvent rejoindre les entrées de la passerelle à l’aide de fauteuils roulants tout-terrain et la traverser. La passerelle n’est toutefois pas accessible aux cyclistes afin de préserver la tranquillité du site et le confort des usagers.
Une procédure « Design and Build »
La passerelle fait l’objet d’un marché public de type « Design & Build ». Dans ce cadre, un seul opérateur est responsable à la fois de la conception architecturale et de la réalisation de l’ouvrage. L’offre de l’association ARGEA / SEA / EXPLOTECH a été retenue à l’issue de la procédure. Cette association regroupe plusieurs expertises complémentaires. SEA a assuré la conception architecturale et technique de la passerelle. EXPLOTECH est intervenu pour les travaux spéciaux, les interventions en hauteur et les systèmes d’ancrage. ARGEA a pris en charge la gestion, la coordination et la réalisation du projet.
Le projet est financé à 80 % par le Plan de Relance de la Wallonie. L’agence COSEP a été chargée de l’élaboration technique du marché public. La demande de permis a été introduite à la fin du mois d’octobre 2024 et les travaux ont débuté par la suite. L’inauguration officielle est prévue au printemps 2026.
UNE INITIATIVE PORTÉE PAR L’ASBL VIALTA
La Passerelle de Caster est une initiative des communes wallonnes de Visé, Bassenge, Oupeye avec le soutien de la Région wallonne. Pour assurer la gestion de l’ouvrage et la mise en œuvre des engagements de la charte, les trois communes ont créé l’asbl pluricommunale VIALTA.
Le projet s’inscrit dans la dynamique du Parc frontalier Geer & Meuse, qui vise à renforcer la coopération entre les communes voisines, mais aussi avec d’autres acteurs du territoire. Parmi eux figurent notamment le Département de la Nature et des Forêts, les Voies hydrauliques ainsi que des organisations de protection de la nature telles que Natagora, Natuurpunt et Natuurmonumenten. Une coopération a également été développée avec le Fort d’Eben-Emael, permettant d’articuler la visite du fort avec celle de la passerelle.
Minimiser l’impact sur la nature
Même si la Passerelle de Caster n’a pas pour vocation de devenir une attraction touristique majeure, elle attirera sûrement des visiteurs dans la région. Les initiateurs ont donc prévu plusieurs mesures afin de limiter l’impact sur l’environnement et sur les riverains.
La passerelle sera ouverte uniquement entre le lever et le coucher du soleil et pourra être fermée temporairement si les conditions l’exigent. Un système de réservation en ligne permettra également de limiter le nombre de visiteurs par heure afin d’adapter la fréquentation aux capacités d’accueil de la zone. L’asbl VIALTA mettra en place un groupe de pilotage chargé de suivre l’application de ces mesures et d’évaluer la fréquentation sur la base de données de comptage. Dans une logique de mobilité douce, les visiteurs motorisés seront encouragés à stationner à distance et à rejoindre la passerelle à pied ou à vélo.