OXY : une vitrine pour le potentiel de la construction circulaire à Bruxelles
Au croisement de la durabilité, de la mixité fonctionnelle et de l’innovation architecturale, le projet OXY redéfinit les contours du centre-ville bruxellois. Porté par les bureaux Snohetta, Binst, DDS+ et ADE, et piloté par les développeurs Immobel et Whitewood, ce projet de reconversion urbaine donne une seconde vie à un bâtiment emblématique du boulevard Anspach, en plein cœur de la zone piétonne.
Une métamorphose urbaine stratégique
Situé à l’articulation entre la place de la Monnaie, la Rue Neuve et les Grands Boulevards, OXY ambitionne plus qu’une simple rénovation : il s’agit d’un véritable geste urbain, pensé pour s’ancrer durablement dans la ville. En transformant un ancien immeuble de bureaux monofonctionnel en un ensemble mixte de 71.000 m², le projet injecte une nouvelle énergie dans le tissu urbain existant.
« OXY est une réponse à la question suivante : comment un bâtiment peut-il redevenir un acteur du quartier ? » explique Lilia Poptcheva, architecte partner et responsable du projet chez DDS+. « Nous avons voulu qu’il redevienne perméable, interactif, et ouvert aux usages multiples. »
Cette volonté s’incarne notamment dans l’ouverture du socle du bâtiment, anciennement fermé sur lui-même, aujourd’hui transformé en promenade accessible, connectant les espaces urbains de part et d’autre du site. Un escalier monumental et des escalators guident les piétons vers une terrasse sculptée orientée vers la place de la Monnaie – une nouvelle articulation dans le paysage bruxellois.
Une collaboration architecturale exemplaire
Lancé en 2020 à la suite d’un concours international remporté par le duo Snohetta-Binst, rejoints par DDS+ et ADE, le projet OXY s’est appuyé sur une synergie rare entre ces quatre bureaux d’architecture. DDS+, bureau bruxellois expérimenté, a accompagné le développement du projet en collaboration étroite avec les autres partenaires.
« Ce qui nous rend particulièrement fiers, c’est la fluidité de la collaboration entre tous les bureaux impliqués. Cela a permis une grande cohérence malgré la complexité du programme et des contraintes multiples », souligne Lilia Poptcheva.
La transformation du bâtiment s’est matérialisée par plusieurs interventions majeures, comprenant notamment l’extension latérale des ailes pour accueillir de nouvelles fonctions, la surélévation de deux étages pour préserver les proportions originales, et le remplacement intégral de l’enveloppe par une façade performante et modulaire aux reflets cuivrés qui capte la lumière et dynamise l’espace public.
Un manifeste de l’approche circulaire de la construction
Si OXY attire l’attention, c’est aussi parce qu’il incarne une mise en œuvre concrète et ambitieuse de l’économie circulaire dans la construction. L’équipe du projet OXY a adopté une approche circulaire, une décision conceptuelle forte posée dès les première réflexions et soutenue tant par les architectes que par les développeurs.
« Ce n’était pas une obligation réglementaire à l’époque, mais une réelle volonté partagée. Whitewood avait déjà initié cette démarche avec le projet Multi. Ici, cette convergence de visions a permis d’aller très loin dans la circularité », détaille l’architecte.
Concrètement, 85 % de la structure d’origine (poteaux, poutres, dalles…) ont été conservés, ce qui représente une économie significative en termes de déchets de construction. Une opération de démontage préalable a permis de trier, inventorier et réemployer un grand nombre de matériaux avec l’aide de Rotor, expert bruxellois du réemploi : « Nous avons dû revoir nos manières de prescrire, retravailler les cahiers des charges, s’adapter aux matériaux existants. Tout cela demande beaucoup plus d’énergie et de coordination, mais la conception circulaire est un de nos moteurs », confie Lilia Poptcheva.
Entre contraintes techniques et créativité
Le chantier n’a cependant pas été sans défis. La conservation d’une structure ancienne dans un bâtiment de grande hauteur a révélé plusieurs surprises techniques – notamment des écarts entre les plans et la réalité lors du démontage. Par ailleurs, les normes incendie et les exigences en matière de performance des matériaux ont parfois freiné certaines ambitions : « On se heurte encore à des blocages réglementaires qui ne sont pas adaptés au réemploi et à l’intégration de matériaux bio-sourcés. Il faut faire preuve de résilience, mais aussi de créativité pour trouver des solutions alternatives, sans renier les objectifs du projet », souligne l’architecte.
Cette créativité s’est notamment exprimée dans le choix de matériaux de façade récupérés, transformés, recoupés, et adaptés aux nouveaux usages. Une grande partie des revêtements de sol du socle a ainsi été réalisée avec des dalles de réemploi.
Un bâtiment réversible et durable
OXY ne se contente pas d’être un projet circulaire : il anticipe également l’avenir avec une conception réversible. Le bâtiment est pensé pour s’adapter aux usages futurs, grâce à une structure libre en poteaux-poutres, des cloisons légères démontables, des techniques périphériques, et une façade modulaire qui peut être facilement déposée.
« C’est une manière de prolonger la vie du bâtiment, d’éviter qu’il devienne obsolète. On ne conçoit plus un immeuble comme une entité figée, mais comme une base évolutive », insiste Lilia Poptcheva.
Le projet vise par ailleurs plusieurs certifications environnementales d’excellence : BREEAM Outstanding, WELL Platinum, et le label « Carbon Hero – A », avec pour objectif une consommation carbone neutre.
Un symbole de la ville vivante
Plus qu’un bâtiment performant, OXY veut être un acteur urbain, vecteur d’usage et de vie. En intégrant des bureaux, commerces, logements et un hôtel, il crée un écosystème urbain complet et dynamique. Cette hybridité fonctionnelle participe à sa durabilité : la monofonctionalité est abandonnée au profit d’un bâtiment vivant à toute heure du jour et de la semaine.
« Cela constitue également une manière d’ancrer durablement le bâtiment dans son quartier. Plus il est ouvert, mixte, interactif, plus il a de chances de rester pertinent et durable dans le temps », conclut l’architecte.
Prévu pour une livraison dans le courant de l’année 2026, OXY s’annonce déjà comme un projet-phare de la construction durable bruxelloise. Il démontre que, même en plein cœur de la ville, il est possible de réconcilier patrimoine bâti, ambitions écologiques et urbanité contemporaine.