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21 mei 2021 | TIM JANSSENS

Schildknecht (Una|a), une relecture contemporaine de la typologie de l’impasse

Façade avant, côté rue Illustratie | Una|a
Façade avant, passerelle Illustratie | Una|a
Façade avant, impasse Illustratie | Una|a
Jardin commun Illustratie | Una|a
Illustratie | Una|a
Illustratie | Una|a
Illustratie | Una|a

Ce projet résidentiel du bureau Urban Nation Architects & Associates (Una|a), situé rue Gustave Schildknecht à Laeken, vise à fournir une réponse contextuelle pertinente à l’une des principales questions de l’urbanisme contemporain : la reconversion d’anciens sites industriels en îlots de centres urbains densément construits.

 

Le site de 2 800 m² comprend un important entrepôt construit au début du 20e siècle, y compris des dépendances, un parking à ciel ouvert et l’ancienne maison du directeur. L’entrepôt, qui n’a pas de valeur historique ou architecturale particulière, est séparé de la rue par le parking et s’étend profondément dans le tissu urbain existant. La maison du directeur est située du côté rue. Bien qu’elle ne figure pas sur la liste des monuments protégés, elle présente une expression architecturale pittoresque faisant partie de la physionomie de la rue depuis des décennies. La maison n’a donc pas volé sa place dans la mémoire collective du quartier. Le site est entièrement pavé et dépourvu de toute forme de végétalisation.

Le site est entouré d’un îlot urbain dense et mixte datant du 19e siècle, typique du quartier du Vieux Laeken. La périphérie de l’îlot est principalement constituée de maisons, d’immeubles à appartements et de quelques volumes industriels réhabilités. Au cœur de l’îlot se trouvent d’anciennes usines et d’anciens entrepôts, dont l’un a été transformé en immeuble résidentiel avec lofts, un autre en salle d’événements et le dernier en centre culturel. Derrière les jardins adjacents, on trouve un certain nombre de petites maisons. La confrontation des détails mais surtout de l’échelle de ces habitations modestes avec celle, imposante, des anciens bâtiments industriels produit un contraste vivant, qui fait partie de l’identité du quartier.

Des terrains urbains toujours trop précieux pour être gaspillés

Historiquement, les villes ont rarement, voire jamais, laissé inutilisés les terrains disponibles en leur sein. Les terrains urbains étaient tout simplement trop précieux pour être gaspillés. Chaque fois que la pression démographique ou la croissance économique se heurtent aux limites de la ville, une opération de densification a lieu, créant une grande variété de constructions au cœur du bâti existant : unités résidentielles, installations de production (usines, entrepôts, magasins…) ou équipements (écoles, installations sportives publiques...). Plus récemment, des bureaux, des parkings à ciel ouvert

En survolant une ville à l’aide de photos aériennes, on se rend compte de la diversité des formes et des fonctions que les villes créent pour ‘activer’ ces terrains (quelle que soit leur échelle) dans des dimensions et des typologies urbaines les plus diverses. Les unités résidentielles ont généré leur propre diversité de formes, allant des maisons individuelles ou des immeubles à appartements aux places, aux cours, aux impasses, aux jardinets avant ou arrière ou aux ensembles sur mesure.

Tout comme pour le site Schildknecht, nombre de ces anciennes fonctions et typologies sont dépassées et/ou délabrées. Les nuisances générées par leur utilisation - bruit, problèmes de mobilité, pollution atmosphérique … - sont incompatibles avec les normes sociales et environnementales actuelles des villes, ce qui soulève la question de l’opportunité d’une reconversion.

Outre leur caractère désuet et les nuisances qu’ils occasionnent, d’autres facteurs rendent leur réaménagement souhaitable : ils ont tendance à être très fermés et leur contribution à la biodiversité est quasi inexistante, deux caractéristiques qui ne conviennent plus aux villes modernes. D’autre part, en raison de leur emplacement précieux dans le tissu urbain, ils disposent souvent d’un grand potentiel pour répondre aux besoins contemporains en matière de logement, de travail et de vie et pour renforcer l’inclusion et la vitalité urbaines.

Une reconversion nécessaire

Avant cette intervention urbanistique, un grossiste en pneus occupait le site. Cette entreprise a été rachetée et déplacée vers un autre site plus approprié. Compte tenu de la nature de plus en plus résidentielle de l’environnement et de la typologie et de la localisation spécifiques du terrain, qui ne se prêtaient pas à des activités industrielles ou de stockage, il était hors de question d’y démarrer une nouvelle activité professionnelle.

L’option de reconversion la plus pertinente était donc de démolir l’entrepôt et de le remplacer par un nouveau complexe de logements, entouré de jardins et d’espaces communs qui offrent un répit bienvenu dans cet îlot urbain densément construit. Vu son importance pour le quartier, la maison du directeur a été restaurée et pleinement intégrée au projet.

La typologie de l’impasse repensée

Le projet s’inspire de la typologie historique de l’impasse. Autrefois surpeuplés au point d’encourager la criminalité, la maladie et des pratiques peu recommandables, bon nombre de ces lieux tristement célèbres de Bruxelles ont été démolis sous l’impulsion de l’ordre public, souvent pour faire place à de grands complexes modernes tels que des magasins, des bureaux ou des parkings. Les quelques ruelles ayant subsisté ont été modernisées pour répondre aux exigences du ‘confort moderne’ et sont appréciées pour leur caractère calme, sûr et accueillant. Elles renforcent le sentiment de communauté chez les résidents.

S’appuyant sur cette typologie, dans un souci d’interaction et d’inclusion, le nouveau bâtiment accueille différents types d’appartements qui favorisent la mixité sociale. Il y a au total 38 unités de logement. Deux petits espaces professionnels sont également prévus au niveau du rez-de-chaussée donnant sur la rue.

Le volume principal pénètre dans la zone intérieure. Du côté nord, la nouvelle ruelle piétonne mène aux différentes entrées et au jardin commun. Côté sud, les jardins privatifs et les terrasses privées des appartements bénéficient d’un ensoleillement abondant.

La ruelle crée un flux spatial vivant. Un passage étroit entre l’ancienne maison du directeur et le nouveau bâtiment garantit l’intimité et anime en même temps la physionomie de la rue en créant un espace de respiration supplémentaire et en offrant un aperçu de la première partie de la rue intérieure. L’étroit passage mène à une zone intérieure ouverte, entourée de végétation, qui offre un cadre agréable, invitant les passants à s’attarder sur les bancs présents. C’est un lieu de rencontre informel, la ‘place’ du projet Schildknecht.

Une partie de cette zone intérieure est traversée par un volume reliant le nouveau bâtiment aux constructions adjacentes. La ruelle continue ensuite et finit par arriver dans le jardin commun, qui est accessible à tous les résidents. Quelques potagers favorisent l’interaction sociale entre toutes les générations vivant dans le complexe.

Un apport positif à l’écosystème urbain

Avec leurs arbres, haies, buissons, fleurs, toitures vertes, plantes grimpantes recouvrant les cloisons de séparation et jardinières délimitant les terrasses, les jardins privatifs et collectifs encouragent la biodiversité dans cet environnement urbain autrefois terne.

L’eau de pluie est collectée, stockée, tamponnée et partiellement réutilisée sur place pour l’entretien et l’arrosage des espaces verts. Par rapport à la situation antérieure, l’impact du site sur le réseau public d’égouttage sera environ cinq fois moins important.

Une intégration dans le contexte local

Lors d’une intervention au cœur d’un îlot urbain, il est nécessaire de traiter et de comprendre soigneusement le contexte afin de s’assurer que le projet n’impose pas de nouvelles charges qui détruiraient ou écraseraient le potentiel de régénération du tissu urbain local. Une étude approfondie et systématique de l’interaction visuelle entre le nouveau bâtiment et son environnement, associée à une analyse détaillée de l’ombre, a aidé les architectes à définir la forme la plus appropriée.  Les vues ont été délibérément ‘cadrées’ et les ouvertures des fenêtres soigneusement positionnées pour éviter toute forme d’‘interaction invasive’. Le projet a ensuite été affiné au cours de la procédure de demande de permis d’urbanisme, en consultation avec les voisins, les représentants des organisations locales et les autorités communales.

Le processus de conception a abouti à une architecture hybride, qui combine en un ensemble original des réponses spécifiques à l’expression visuelle contrastée présente dans l’environnement mixte du projet. Le volume principal comporte trois étages et présente une géométrie et une échelle apparentés aux anciens bâtiments industriels présents dans l’îlot urbain. Les balcons en surplomb et les variations de hauteur, de profondeur et de matériaux de façade créent une agréable vitalité et une convivialité accueillante. Au-dessus de la structure porteuse primaire, une série de petits volumes à pignons entretient un dialogue subtil avec l’ensemble des maisonnettes situées derrière les jardins adjacents. Le projet s’intègre ainsi très naturellement dans le tissu visuel de l’îlot urbain, tout en accentuant son identité propre et sa qualité contemporaine.