Archi-Mili | C'est l'histoire du ministre Collignon qui grimpe dans un cocotier

Je ne sais pas vous, mais il m'arrive assez régulièrement de vagabonder dans les méandres des interpellations et des questions d'actualité du Parlement wallon. C'est là, porté par le hasard, que j'ai pris connaissance de l'existence d'une prime de 5.000 euros accordable par logement social construit avec des matériaux de réemploi.

En répondant à une interpellation de Jean-Luc Crucke (qui n'en demandait pas tant), le ministre Collignon annonçait ainsi urbi et orbi que, oui, la Wallonie délie les cordons de la bourse pour favoriser l'économie circulaire.

Que je ne sois pas au courant de l'existence de cette prime n'est pas franchement étonnant. Je suis attentivement l'actualité de l'économie circulaire, mais j'avoue ne pas me tenir quotidiennement informé des changements qui interviennent dans le régime des primes au logement. C'est une matière que les élus donnent l'impression de compliquer à souhait afin que Monsieur et Madame tout le monde y renoncent après avoir vainement essayé d'ingurgiter les kilos de conditions nécessaires pour pouvoir en profiter. Mais par rapport à cette prime de réutilisation, je dois dire que nos décideurs wallons ont cette fois fait encore plus fort. Car parmi tous les professionnels directement concernés que j'ai pu interroger à ce sujet, qu'il s'agisse du très docte Thibaut Jacquet de la société coopérative à finalité sociale Retrival (notamment active dans la récupération de matériaux), ou de Jonathan Boulvain (l'ex-Monsieur économie circulaire d'Embuild Wallonie), aucun n'avait connaissance du dispositif. Rien ne leur a été communiqué! Niks! Nada! Collignon voudrait maintenir son enveloppe intacte qu'il ne s'y prendrait pas autrement…

Surtout, ce qui me reste en travers de la gorge, c'est qu'au nord du pays, et même à Bruxelles, la réutilisation marche plein pot. Sans aucun doute parce que les élus font là ce qu'ils ont à faire pour promouvoir le réemploi. Et parce qu'ils envoient des signaux clairs aux relais, afin que ces dispositions politiques ne se résument pas à de belles paroles. Des exemples? L'asbl spécialisée dans la récupération de matériaux de construction Rotor marche plein pot dans la capitale; et au nord du pays, la bien nommée Zonnige Kempen (pour ne citer qu'elle) fait de belles et grandes choses avec les matériaux de récupération.

Maintenant, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. En interrogeant Thibaut Jacquet à ce sujet, j'ai appris qu'une AIS carolo figurait parmi les bons clients de Retrival. Elle lui achète trois à quatre fois l'an des carrelages, des lavabos, et des tas d'autres éléments de construction qu'elle utilise pour la construction de logements sociaux, avec la seule satisfaction de contribuer à un avenir meilleur, et de ne payer que 6% de TVA sur ses achats en lieu et place des traditionnels 21% sur le neuf. Je formule ici un vœu: qu'avec cette nouvelle bafouille, cette AIS carolo aille secouer assez fort le cocotier dans lequel Collignon a grimpé afin de faire tomber les euros qui lui sont dus. Et tant qu'on y est, prions aussi pour que toutes les autres AIS du sud du pays lui emboîtent le pas, et qu'elles collectent à leur tour ce qui leur revient.

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