Nagelmackers (Olivier Fourneau), un signal reflétant le renouveau d'un quartier

A Liège, le quartier Cathédrale-Nord souffre depuis pas mal d'années déjà à la fois d'un déclin des commerces et d'une surexploitation des logements, souvent dans un état de salubrité discutable. Mais quelques projets, et l'arrivée prochaine du tram, sont en train de rendre vie et de redynamiser ce quartier tout proche du centre historique de la Cité Ardente. Parmi ces projets, un nouvel immeuble d'angle au gabarit unitaire franc, assumant le passage d'une échelle de typologie d'un siècle à l'autre et conçu par le bureau Olivier Fourneau Architectes.

 

Ce projet, situé dans le centre ancien protégé, face à la Meuse, est le fruit d’un appel à intérêt lancé en 2015 par la Ville de Liège, propriétaire du site. « Les enjeux à relever pour ce projet étaient importants », explique Olivier Fourneau. « Il s’agissait d’offrir un signal reflétant le renouveau du quartier, d’exprimer sa capacité à accueillir de nouveaux lieux de vie et de travail qualitatifs et de tirer parti des qualités multiples que sa situation propose. » Dès lors, plutôt que de privilégier la rentabilité maximale, tels que beaucoup de quais l’ont connu depuis les années '60, l’équipe de conception a opté pour une démarche qualitative et mesurée, en proposant neuf logements et deux niveaux de surfaces à usage de bureau et de commerce. le projet privilégie une mixité de logements confortables en offrant majoritairement des logements deux et trois chambres traversants, ainsi qu’un duplex quatre chambres. Les types de logements choisis orientent naturellement à un marché acquisitif, à même de stabiliser les habitants dans le quartier.

L'approche urbanistique

Les quais de Liège ont été massivement rebâtis au cours des années '60, beaucoup d’entre eux offrant des gabarits élevés (tel le quai de Gaulle juste en face), des façades très larges fortement vitrées et des balcons créant une rythmique horizontale inédite. Ce type d’attitude, centrée principalement sur l’agrément des occupants, a eu pour effet de créer des quais anonymes. Ici, la situation est très différente. Olivier Fourneau : « En effet, la parcelle en question est située dans le centre ancien protégé, à l’angle sud du dernier îlot du quartier, à proximité du pont des Arches. Elle est inscrite sur les quais dans une séquence démarrant par la néo-gothique Grand Poste et s'achevant au rond-point Cité par un imposant immeuble néoclassique surmonté d’une coupole magnifiant l’angle. L’îlot présente une densité élevée, renforcée par la présence en intérieur d’îlot d’un entrepôt occupant une partie importante de la zone de cours et jardins. Par ailleurs, l’angle de la rue Nagelmackers et du quai sur Meuse se caractérise par le passage d'un tissu dense et étroit à une trame parcellaire plus large et des gabarits plus élevés. Les immeubles constituant la couronne de l’îlot sont principalement dévolus au commerce et au logement, de typologie 19è siècle et de hauteur moyenne R+3 sous combles, hormis l’immeuble de Clément Pirnay, immeuble R+6 remarquable de style moderniste, construit dans les années trente et qui est situé sur la parcelle contiguë côté Quai de Meuse. »

La particularité de la parcelle

La parcelle, réunissant deux anciennes parcelles, a pour particularité d’être arrondie côté Meuse, offrant ainsi un angle de rue très dégagé et par conséquent une exposition importante vers le quai. Perceptible tant du pont des Arches, que de la passerelle Régence ou des quais van Beneden et de Gaulle, elle constitue potentiellement un point de repère fort du paysage urbain. Enfin, le site faisant partie du centre ancien protégé, il appelle donc une attitude qui puisse d’une part tenir compte des qualités physiques du lieu et d’autre part de développer une intervention contemporaine ambitieuse et sensible.

« Il nous a dès lors paru important de développer un langage plus nuancé, tenant compte des caractéristiques du lieu, notamment la massivité des constructions, la rythmique du parcellaire et des façades, de la plasticité du tissu bâti et des matérialités présentes sur le site », précise Olivier Fourneau. Afin de marquer cette angle avec conviction et d’assumer une fermeture de l’îlot cohérente, les architectes ont donc décidé de compléter la couronne bâtie par un gabarit unitaire franc assumant le passage d’une échelle de typologie et gabarits 19e siècle (rue Nagelmackers) à celle du 20e siècle (quai de Meuse) et de la maison de Clément Pirnay en particulier. Le passage d’une échelle à l’autre s’opère à l’élargissement de la voirie Nagelmackers vers le quai.

L'approche architecturale

Olivier Fourneau : « Nous pensons qu'un projet dédié principalement à l’habitat doit d'abord constituer une valeur d'accompagnement du tissu urbain existant, a fortiori dans une séquence bâtie du centre ancien protégé. L'attitude proposée se veut dès lors non spectaculaire, intégrée et ce, particulièrement pour les logements. Nous avons ainsi aligné l'acrotère du bâtiment à la corniche voisine de la rue Nagelmackers et, côté quai, sommes restés en contrebas de l'acrotère de l’immeuble de Clément Pirnay.

Nous proposons également d’assumer l'angle de l'îlot et de matérialiser le rôle de repère visuel dans la séquence Grand Poste / rond-point Cité. Rue Nagelmackers, les différences de hauteur permettent d’adopter un rythme qui renvoie à la trame parcellaire. La démarche vise à intégrer spatialement et visuellement les espaces du rez-de-chaussée et de l’étage à l’espace public. Celui-ci en sort grandi, les nouvelles fonctions rayonnant tant dans la rue Nagelmackers que sur le quai.  

Le gabarit se dote d'éléments particuliers enrichissant la perception sous différents angles de vue et améliorant la relation des logements au contexte : des terrasses semi-couvertes à l’échelle des balcons et bow-windows de la rue Nagelmackers, des terrasses rentrantes en double hauteur côté quai, des toitures terrasses à différents niveaux, etc. »

Le choix de la matérialité

« La matérialité choisie revêt une grande importance selon nous, car elle doit d’une part assurer le lien entre les façades du centre ancien protégé, d’autre part communiquer et assumer l’échelle domestique du projet. Pour le parement, nous avons opté naturellement pour une maçonnerie de terre cuite, d'abord parce qu'elle respecte le matériau de base des façades du centre-ville et de l’îlot en particulier mais aussi parce que l’immeuble de Clément Pirnay est également habillé d'un parement de terre cuite, traité spécifiquement. 

En matière chromatique, nous avons pensé que le projet devait s’uniformiser avec les autres immeubles de l’îlot présents sur le quai. La brique pouvait dès lors être de teinte claire, ce qui permettait également d’éclaircir la rue Nagelmackers qui en avait bien besoin, à l’approche du quai. Au vu de la surface de parement à réaliser et de la grande visibilité du quai, nous avons décidé d’enrichir et de nuancer la perception de la brique en insérant dans le parement mat des briques de même teinte mais satinées. Ainsi, au gré de la luminosité et de l’heure de la journée, ce motif peut tantôt apparaître et réfléchir, tantôt être à peine perceptible et ainsi apporter une dimension supplémentaire au projet. Le motif représenté ici est une évocation abstraite des reflets de la Meuse, toute proche. 

Comme matérialité complémentaire, nous avons utilisé le bois de teinte naturelle rehaussé par des ferronneries métalliques de teinte similaire (teinte tendant vers le bronze). Ce choix permet selon nous d’affiner les détails, de créer des alcôves agréables au toucher sur les terrasses et de conférer un caractère domestique aux logements et aux surfaces commerciales. La teinte naturelle bois/bronze du bois a été également choisie pour le lien qu’elle peut entretenir avec la teinte terre cuite de l’immeuble voisin. Enfin, le couronnement de l’immeuble, constitué du grand duplex, est traité avec une structure plus légère, tissant des liens discrets avec la structure et le caractère plus vitré de l’immeuble voisin. »

 

Source: Olivier Fourneau Architectes
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