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02 augustus 2021 | PHILIPPE SELKE

La force de la nature va-t-elle enfin nous faire entendre raison ?

Illustratie | Pixabay

Suite aux terribles inondations que la Wallonie a connues ces dernières semaines, de nombreux articles sont parus dans la presse pour tenter d'expliquer comment nous en sommes arrivés là et pour proposer des solutions afin d'éviter que pareilles catastrophes ne se reproduisent à l'avenir. Voici un petit aperçu de ce qui a été écrit, en espérant qu'il en reste quelque chose et qu'autorités et individus (car tous sont responsables) en tirent enfin les leçons. Car au travers des dégâts aux bâtiments et aux infrastructures, c'est la vie quotidienne de la population qui a été touchée au coeur, au point d'être remise en question pour l'avenir... 

 

« Il faudra un à deux ans pour reloger tout le monde » (Elio Di Rupo), « Ne plus construire de rez-de-chaussée en zone inondable » (Benoît Moritz), Il faut enlever en partie cette couche de béton et de bitume et laisser respirer la terre (Bas Smet), Louvain a été épargnée par les inondations, Wavre pas. Pourquoi ?, Inondations : des milliers de maisons vont rester sans gaz pendant plusieurs mois, C’est le moment pour la Wallonie de prendre son destin en main,  … les réactions ont fusé de toutes parts. Mais qu’en retenir ?

 

Respecter la nature

Certes, historiquement, des précipitations d’une telle intensité ne surviennent que « tous les 200 ans ». Mais ce n’est pas une raison pour ne pas les anticiper d’autant que, dérèglement climatique oblige, rien ne nous dit qu’elles ne seront pas plus fréquentes à l’avenir. Par ailleurs, il ne faut pas vouloir chercher l’origine du problème dans les « caprices de la nature » mais plutôt dans notre propre sentiment de supériorité par rapport à la nature.

Depuis que l’homme s’est sédentarisé, il a cherché à s’installer dans les vallées, au bord des cours d’eau car il avait bien compris les avantages qu’il pouvait tirer d’une telle localisation. Il savait également qu’il fallait craindre la nature qui pouvait parfois se montrer violente, et tenait compte de la possibilité de fortes crues dans l’aménagement de son territoire. C’est sur ce savoir ancestral que l’homme s’est assis depuis au moins un siècle, convaincu qu’il pouvait dompter la nature en la confinant dans des canaux et des égouts, alors qu’il l’empêchait de s’infiltrer dans le sol par des constructions occupant un espace toujours plus grand.

 

L’urgence du stop au béton

Si Louvain a échappé au débordement de la Dyle alors que Wavre n’a pas eu cette « chance », c’est tout simplement parce nos amis flamands ont bien compris qu’il fallait laisser de l’espace à la Dyle pour qu’elle puisse largement déborder en amont de la ville. De vastes espaces agricoles se sont donc retrouvés sous eau l’espace de quelques jours, épargnant la ville. A Jodoigne, c’est le bassin d’orage semi-naturel aménagé il y a quelques années suite à de précédentes inondations qui a empêché 200 000 mètres cubes d’eau de la Gette de se retrouver dans le centre-ville. En province de Liège, en terrain certes nettement plus encaissé, de nombreuses communes n’ont pas eu cette chance.

Permettre aux cours d'eau de déborder est une chose, et cela doit forcément s'accompagner d'une meilleure gestion du ruissellement des eaux pluviales dans les zones urbanisées (et agricoles !). Alors que certains freinent des deux pieds pour que le stop au béton ne soit pas de rigueur trop vite, il est bon de rappeler que la lutte contre les inondations est l'un des nombreux arguments qui motivent justement un arrêt de l’artificialisation des sols. Au même titre que la lutte contre l’étalement urbain et les coûts astronomiques qu’il engendre, par exemple. Mieux encore, il faut carrément désartificialiser les sols dans les villes, comme l’explique Bas Smet. Cela permettra aussi de diminuer les canicules urbaines.

 

Besoin d'argent mais aussi d’expertise, de largesse d’esprit et de travail dans la durée

A l’évidence, les communes sont pour la plupart mal armées pour mettre en place une gestion raisonnée et cohérente des aléas climatiques. Elles ont besoin d’être accompagnées, voire guidées. Il s’agit en effet de mettre l’aménagement du territoire au centre des préoccupations afin d’en arriver à une meilleure gestion du territoire, qui ne peut se cantonner aux limites communales, régionales, voire nationales. Les nuages et les fleuves ne connaissent pas de frontières… Comme le soulignent une série d’experts de l’Université de Liège, il y a chez nous un criant besoin de développer l’expertise pour un aménagement local intégré. Ne serait-ce pas là l’occasion de ressortir des cartons l’idée d’un maître-architecte (ou plutôt un maître-urbaniste) wallon, dont la gestion concertée de l’aménagement du territoire serait l’une des principales tâches ?

Espérons que les drames humains et matériels que nous avons vécus servent de déclic pour une prise de conscience et surtout un plan d’action qui se situe au-dessus des disputes particratiques auxquelles nous sommes malheureusement habitués et qui puisse s’inscrire dans la durée. Car repenser le territoire wallon ne se fera pas en un claquement de doigts. Beaucoup d’eau risque encore de couler sous les ponts avant que la population ne profite de bâtiments et d’infrastructures conçus en tenant compte du risque climatique… et pourtant il y a urgence !