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Toon Possemiers (abt be) : « Ne pas construire reste la solution la plus durable »

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« Ne pas construire reste la solution la plus durable. » Selon Toon Possemiers, directeur du bureau d'études abt be, la construction circulaire commence toujours par se demander si un nouveau bâtiment est réellement nécessaire. Selon lui, la circularité mérite toute notre attention, mais « le plus grand gain réside souvent déjà dans les premières questions qu’une équipe de conception pose à un maître d’ouvrage : une nouvelle construction est-elle vraiment nécessaire, un bâtiment existant peut-il être conservé et de combien d’espace a-t-on réellement besoin ? Ce n’est qu’ensuite que les choix de matériaux, la flexibilité et la réutilisation entrent en ligne de compte. » Cette vision intéressante a incité Architectura à l’interviewer.

Bonjour Toon. Le fait que, pour toi, la construction circulaire commence toujours par la question de savoir si construire est vraiment nécessaire transparaît sans doute aussi dans l’approche d’abt be ?

« C’est exact. Bien sûr, la circularité consiste à boucler le cycle des matériaux, mais aussi celui de l’eau et de l’énergie ; mais nous estimons qu’il faut toujours commencer par prendre un peu de recul. Avant même de réfléchir aux matériaux ou aux techniques, il faut poser la question au maître d’ouvrage et examiner avec lui si un nouveau bâtiment est vraiment nécessaire. Ne serait-il pas possible de réutiliser un bâtiment existant ? Et si un nouveau bâtiment s’avère tout de même nécessaire, il faut également demander au maître d’ouvrage si le programme prévu, et donc le volume, ne sont pas trop importants. Ce genre de questions, qui ne sont pas évidentes, surtout lorsqu’un donneur d’ordre a déjà en tête un projet entièrement élaboré, déterminent en fin de compte bien davantage le caractère durable d’un projet que les choix de matériaux ou l’accent mis sur une construction adaptable et démontable. »

« Lorsqu’une nouvelle construction s’avère justifiée, chez abt, nous essayons d’envisager la circularité dans une perspective bien plus large que celle des seuls matériaux, des techniques et des aspects tels que l’adaptabilité et la démontabilité. Les aspects sociaux en font également partie, par exemple. Prenons la récupération des matériaux : cela demande plus de main-d’œuvre que de tout démolir et remplacer, mais cela crée en même temps des opportunités d’employer des personnes éloignées du marché du travail. Selon nous, cette dimension sociale fait également partie intégrante de la construction durable. »

Si une nouvelle construction s’avère vraiment nécessaire, quel est, selon vous, le principal levier pour réduire l’impact environnemental du bâtiment ?

« Au niveau de la structure porteuse. Si celle-ci n’est pas conçue de manière réfléchie, il devient particulièrement difficile de réaliser par la suite un bâtiment flexible ou circulaire. De plus, une grande partie de l’empreinte carbone d’un bâtiment réside précisément dans cette structure. Il y a donc beaucoup à gagner en optant, par exemple, pour le bois, un béton à faible empreinte carbone ou de l’acier vert. Seulement, et c’est pourquoi on y prête parfois moins d’attention, cela est souvent moins visible pour le maître d’ouvrage. On ne voit pas un mélange de béton plus durable – alors que le surcoût, lui, se remarque immédiatement. »

Comment, chez abt, rendez-vous mesurables les choix en matière de durabilité ?

« Pour la structure porteuse, nous calculons systématiquement le carbone intrinsèque, exprimé en kilogrammes d’équivalent CO2, du module A (les émissions de CO2 générées depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la réalisation du bâtiment, ndlr). Nous ne présentons alors pas une seule solution, mais généralement plusieurs scénarios. Ainsi, un maître d’ouvrage voit immédiatement combien d’émissions de CO2 il peut économiser en faisant certains choix. À terme, nous souhaitons réaliser cette même analyse non seulement pour la structure porteuse, mais aussi pour d’autres éléments du bâtiment, tels que les installations techniques, l’enveloppe du bâtiment et l’aménagement intérieur. Il existe déjà aujourd’hui des outils à cet effet, comme TOTEM, même s’ils ne sont pas encore tout à fait au point pour certaines applications. »

Les solutions circulaires coûtent souvent plus cher. Comment convaincre alors les maîtres d’ouvrage de les choisir ?

« C’est en effet un défi. C’est pourquoi, outre le coût d’investissement, nous mettons également en avant la valeur résiduelle d’un bâtiment ; lorsque l’on construit de manière circulaire, on crée des matériaux et des composants qui pourront être réutilisés par la suite et qui représentent encore une valeur économique.

Circlewood, qui construit des bâtiments modulaires en bois et qui, tout comme abt, fait partie du groupe d’ingénierie néerlandais Oosterhoff, garantit même cette valeur résiduelle dans tous ses projets ; si un bâtiment n’est plus nécessaire dans trente ans, Circlewood le rachète à un prix convenu à l’avance. »

« Si les maîtres d’ouvrage ne se concentrent plus uniquement sur le coût actuel d’un bâtiment, mais tiennent également compte de ce qu’il rapportera plus tard, la construction circulaire deviendra sans aucun doute plus intéressante pour eux. »

Selon vous, quelle mesure structurelle permettrait de favoriser davantage la construction circulaire ?

« Une réforme fiscale qui rendrait les matériaux de construction plus chers et réduirait les coûts de main-d’œuvre. En effet, le prix relativement bas des matériaux de construction et les coûts élevés de la main-d’œuvre font qu’il est aujourd’hui souvent plus intéressant de tout démolir et d’utiliser de nouveaux matériaux que de démonter soigneusement les matériaux existants pour les réutiliser. Dès que cette logique économique changera, le secteur s’engagera naturellement davantage en faveur de la réutilisation. »

Pour finir, si vous deviez adresser un seul message aux architectes, entrepreneurs, fabricants de matériaux de construction et autres professionnels du bâtiment afin de rendre le secteur de la construction plus durable, quel serait-il ?

« On ne convainc pas beaucoup de maîtres d’ouvrage avec des idéaux seuls. C’est pourquoi il ne faut pas se limiter au prix d’achat, mais tenir compte également de la valeur résiduelle. Les gens achètent parfois une voiture plus chère parce qu’elle conserve davantage de valeur au bout de cinq ans. Pourquoi ne pas envisager les bâtiments de la même manière ? »

Merci pour ces précieuses réflexions, Toon !

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