MISE AU POINT. Karolien Coenen : « La lumière peut façonner un bâtiment de différentes manières »
Avec sa nouvelle rubrique Mise au point, Architectura met en lumière des photographes d’architecture qui contribuent, par leurs images, à la manière dont nous voyons et comprenons les bâtiments. Comment perçoivent-ils l’architecture ? Qu’est-ce qui rend une image forte à leurs yeux ? Dans cette série, des photographes belges répondent à dix questions sur leur parcours, leur méthode et leur vision du métier. Nous ouvrons la série avec Karolien Coenen. Formée en architecture d’intérieur et en photographie, elle a développé un langage visuel clair et apaisé, où observation, lumière et composition occupent une place centrale, et où l’architecture est abordée à la fois de manière abstraite et en relation avec son environnement.
Comment êtes-vous venu à la photographie (d’architecture) ?
Il y a 15 ans, j’ai obtenu un master en architecture d’intérieur, puis un master en photographie. Au début de mon activité freelance, j’ai réalisé beaucoup de travail de presse, ce qui m’a amenée à entrer régulièrement en contact avec des architectes.
Qu’est-ce qui vous attire le plus dans la photographie d’architecture ?
J’ai toujours été attirée par les intérieurs et l’architecture créatifs et esthétiques. J’aime prendre le temps d’observer et de regarder attentivement. Je m’intéresse ensuite à la manière dont la lumière se pose sur un bâtiment ou dans un intérieur, et à la façon de l’exploiter en fonction du point de vue pour mettre davantage les espaces en valeur.
Parmi vos réalisations, de quel reportage ou projet êtes-vous la plus fière, et pourquoi ?
Le projet de rénovation d’une ancienne chapelle à Bokrijk, réalisé par Architectuur Depot à Maasmechelen. J’ai essayé d’adopter une approche très abstraite, donnant à l’ensemble une atmosphère presque spatiale. En parallèle, j’ai trouvé intéressant d’intégrer le contexte, avec notamment des chèvres au premier plan.
Le restaurant Dionysos à Genk, également conçu par Architectuur Depot, était aussi très intéressant. Le plafond évoque une atmosphère presque idyllique, rappelant des vagues marines.
Selon vous, qu'est-ce qui rend un bâtiment intéressant à photographier ?
Tout commence par une observation attentive de l’espace, de la lumière, de l’agencement intérieur et des flux autour du bâtiment. La lumière peut façonner un bâtiment de différentes manières et influencer sa perception.
Je développe un langage visuel clair et apaisé, centré sur les lignes et la composition. Parfois abstrait, parfois plus proche du reportage.
Quels projets architecturaux vous ont le plus marquée ces dernières années ?
Le bureau de Klaarchitectuur, installé dans une chapelle du XVIe siècle à Saint-Trond, transformée en lieu de travail contemporain. La combinaison entre ancien et nouveau m’intéresse particulièrement.
Le nouveau bâtiment scolaire (bâtiment G) de PXL Hasselt par a2o architecten est également très intéressant, même si je ne l’ai pas photographié. J’apprécie aussi « The Apartment » à Maasmechelen Village par Architectuur Depot.
Quels architectes ou bureaux réalisent aujourd'hui, selon vous, un travail particulièrement remarquable ?
Je travaille régulièrement avec Architectuur Depot, que j’apprécie pour son travail sur la rénovation et le patrimoine, ainsi que pour la diversité de ses projets.
Klaarchitectuur réalise également un travail de grande qualité, avec une architecture subtile où le dessin des lignes est essentiel. Parmi d’autres bureaux que je trouve remarquables, je citerais Studio Segers et a2o architecten.
Quels photographes ont le plus influencé votre regard sur la photographie d'architecture, et votre manière de travailler ?
J’essaie de suivre ma propre voie, avec ma vision et mon regard. Il existe néanmoins de nombreux photographes que j’admire, chacun avec son style, comme Thomas De Bruyne (Cafeine), Renaat Nijs, Tijs Vervecken ou Stijn Bollaert.
Qu'est-ce qui distingue, selon vous, une image d'architecture correcte d’une image vraiment marquante ?
La capacité à comprendre la relation avec l’environnement. Dans une image forte, la lumière joue un rôle essentiel pour créer une atmosphère. Tout dépend des choix opérés : ce que l’on montre, ce que l’on exclut, et la manière dont la lumière et la composition révèlent l’essence du projet.
Quel conseil donneriez-vous à un photographe qui débute dans la photographie d’architecture ?
Tout repose sur la patience et l’observation. Je n’obtiens jamais immédiatement les images que je souhaite. Il faut prendre le temps de comprendre le lieu. C’est ensuite que les bonnes images émergent. Un bâtiment évolue au fil de la journée : lumière, ombre et ambiance font souvent la différence entre une image descriptive et une image réellement pertinente.
Au cours de votre carrière, comment avez-vous vu évoluer l'architecture en Belgique ?
L’accent est de plus en plus mis sur l’expérience, les matériaux et la relation avec l’environnement. Les grandes baies vitrées, la lumière naturelle et le lien entre intérieur et extérieur prennent une place croissante.
On observe également une importance accrue de la rénovation et de la réaffectation. Les structures existantes se voient offrir une seconde vie, ce que je trouve particulièrement intéressant. L’architecture devient plus raffinée, avec une attention accrue au détail et à la texture. La lumière, le point de vue et le moment de la prise de vue deviennent dès lors essentiels pour le photographe.