Archi-militant | Ne tirez pas sur l'ambulancier Gemenne

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Les climatiseurs ont-ils leur place dans nos constructions ? François Gemenne le pense. Et il le paie cher.

 

Il y a quelques jours, François Gemenne causait l'hilarité et la colère de ses détracteurs assumés et de personnalités qui se montraient jusque-là réceptives à ses raisonnements. Et pour cause : le célèbre climatologue belge a surpris en présentant les climatiseurs comme des équipements dont il faudrait équiper de toute urgence les bâtiments où vivent des personnes sensibles aux fortes chaleurs. On lui a objecté que le froid de ces équipements se traduit nécessairement par une émission de chaleur à l'extérieur du bâtiment climatisé. Que cette chaleur peut devenir problématique dans les zones urbanisées. Il lui a également été reproché de soutenir la production de froid au prix d'une dépense énergétique considérable, qui alimente à son tour aussi la problématique du réchauffement climatique. Sauf qu'on ne tire pas sur l'ambulance, surtout quand son conducteur conduit son convoi toutes sirènes hurlantes depuis si longtemps.

Face à ces attaques, notre François Gemenne national s'est défendu en expliquant qu'un climatiseur devient incontournable quand il y va de la vie d'une personne âgée. Quand une aile complète dédiée à la dialyse est obligée de fonctionner par une température ambiante de 30 degrés. Ou encore lorsqu'il s'agit d'éviter de faire passer leur CEB à nos enfants en liquette.

Sur tous ces points, Gemenne a raison. Je m'en voudrais de lui reprocher de vouloir agir de manière irréfléchie. Il y a effectivement urgence. En outre, ce n'est pas à lui qu'il faut reprocher le manque d'action et de prise de conscience. Ni en matière d'actions prises très en amont, en jouant la carte de la sobriété. Ni en ce qui concerne les scénarios d'adaptation aux changements qui se produisent sous nos yeux. Et de fait, à chaque fois qu'il en a l'occasion, Gemenne explique clairement que les deux cartes doivent désormais être jouées simultanément. 

Au lieu d'étriller Gemenne, ses pourfendeurs seraient bien inspirés de s'en prendre aux vrais clampins. En Belgique, c'est au sud du pays qu'on les trouve. A Bruxelles, on a pris la mesure des conséquences néfastes du réchauffement. La réglementation PEB y prend davantage en compte la surchauffe. Dans ses documents, Bruxelles Environnement évoque ainsi spécifiquement l'architecture bioclimatique, la ventilation naturelle ou encore la nécessité absolue de développer des solutions reposant sur le bon sens comme l'ombrage ou la limitation des surfaces vitrées mal exposées. Bien qu'un peu en retrait par rapport à Bruxelles, on s'installe désormais également dans la même "mood" en Flandre. Mais en Wallonie, ce sont toujours les réflexes ancestraux qui prévalent. On continue à faire en sorte que la chaleur ne sorte pas du bâtiment, sans penser que cette chaleur peut devenir mortifère lors des périodes caniculaires. 

En conclusion, cessons de conspuer Gemenne pour la solution d'urgence qu'il propose. Et concentrons-nous sur les actes à entreprendre de toute urgence : faire bouger le politique wallon pour faire en sorte que les bâtiments thermos puissent garder autant le frais que le chaud.

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