Furfooz : un pavillon d'accueil dressé entre nature et patrimoine par OF7 Architectes
Au cœur de la vallée de la Lesse, à quelques kilomètres de Dinant, la réserve naturelle de Furfooz vient de se doter d'une nouvelle porte d'entrée. Pensé par le bureau OF7 Architectes pour l'asbl Ardenne & Gaume, ce pavillon d'accueil singulier assume une silhouette verticale et organique au milieu d'un site classé pour ses richesses naturelles, archéologiques et géologiques. Livré fin 2025, fruit du plan de relance de la Wallonie, il incarne une nouvelle manière de construire dans des milieux fragiles : sobre en empreinte, généreux en usages, hospitalier aussi bien pour les visiteurs que pour la faune.
Une réserve d'exception qui manquait d'espace
Gérée par Ardenne & Gaume depuis 1948 sur la propriété de la Ville de Dinant, la réserve de Furfooz s'étend sur près de 52 hectares d'une biodiversité remarquable, mêlant falaises calcaires, grottes préhistoriques et vestiges gallo-romains. Un patrimoine précieux, mais des installations d'accueil vieillissantes : le pavillon d'origine, campé à flanc de colline au départ des sentiers, ne répondait plus ni aux besoins des visiteurs, ni aux exigences d'accessibilité, ni aux ambitions pédagogiques du gestionnaire.
Avec l'appui du plan de relance wallon, l'association a lancé un appel à projets ambitieux pour requalifier l'ensemble des équipements ouverts au public. Le concours, remporté en 2022 par OF7 Architectes, imposait un cahier des charges redoutable : construire exemplaire dans une zone classée, avec un impact environnemental réduit au strict minimum.
Une tour discrète qui dialogue avec le paysage
Plutôt que d'étaler le programme au sol, les architectes ont choisi la verticalité. Le bâtiment se déploie comme une petite tour d'observation qui ponctue l'entrée de la réserve, sans jamais dépasser l'emprise de l'ancien pavillon et en limitant drastiquement les terrassements — un enjeu majeur sur un sous-sol karstique où les fondations ont été maintenues les plus superficielles possible. Sa géométrie évite tout angle droit : murs obliques et arêtes biaisées créent des perspectives fuyantes qui estompent la présence construite dans le décor.
Selon l'imaginaire de chacun, la forme évoque une tour de guet en écho au passé archéologique du site, ou la souche d'un vieil arbre. Le rez-de-chaussée, accessible par une rampe et traversé sans rupture du dehors au dedans, accueille une exposition didactique, un espace de vente et un lieu polyvalent pour conférences et rencontres villageoises. L'étage se déploie en parcours ascendant conçu pour les groupes scolaires, qui débouche directement dans la réserve par une passerelle.
Le biosourcé comme principe constructif
Toute la chaîne constructive obéit à une logique permaculturelle. La structure en bois a été préfabriquée en atelier, ce qui a réduit les chutes, les nuisances et l'empreinte d'un chantier mené au milieu d'un milieu sensible. Les isolants sont biosourcés, le chauffage fonctionne au bois, la ventilation est naturelle, et les toilettes à biocompostage sec évitent tout raccordement au réseau.
Les eaux grises sont quant à elles épurées par un bassin de phytodépuration, transformant une contrainte sanitaire en un support pédagogique vivant. Une cohérence qui s'étend aux aménagements extérieurs disséminés dans la réserve — plateformes d'observation, auvent du jardin didactique, sanitaires le long de la Lesse, garde-corps et signalétique — tous unis par un langage architectural commun.
Une architecture qui héberge aussi la faune
L'idée la plus séduisante du projet tient en une inversion : plutôt que de s'installer dans la nature, le bâtiment invite la nature à s'installer en lui. Le double toit abrite un gîte à chauves-souris, des nichoirs s'intègrent directement dans le bardage, et les nouveaux murs de soutènement en pierre sèche — clin d'œil aux vestiges présents sur le site — offrent des refuges aux batraciens et petits reptiles.
Le pavillon devient ainsi un outil didactique à part entière, où l'observation de la faune commence dès le seuil de la porte. À Furfooz, l'architecture ne se contente plus de protéger la biodiversité : elle la loge, la nourrit et la raconte.