Général Jacques : la rénovation circulaire de Karbon' prouvée par les chiffres

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Ils l'ont inauguré le 8 juillet 2026 : au 202 boulevard Général Jacques, à Ixelles, un immeuble de 1961 longtemps voué à l'oubli vient de renaître en 61 logements sociaux. Signée par le collectif Karbon' associé à Label architecture pour la SLRB et BinHôme, l'opération revendique plus qu'une modernisation. Elle démontre, chiffres à l'appui, qu'un bâtiment existant peut être prolongé de plusieurs décennies sans sacrifier ni le confort des familles ni les ressources planétaires. Une leçon de sobriété livrée à l'heure où Bruxelles cherche à rénover massivement son parc public.

Des gendarmes mariés aux locataires d'aujourd'hui

Érigé face à l'ancienne école de gendarmerie — l'actuel site Usquare —, l'immeuble avait été dessiné pour héberger les familles des gendarmes qui s'exerçaient de l'autre côté du boulevard. Après des décennies sans rénovation d'ampleur et une période d'occupation transitoire, il a été acquis en 2019 par la société immobilière de service public BinHôme, sur prospection de la SLRB, avec l'objectif d'une seconde vie de cinquante à soixante ans. Les travaux, exécutés par l'entreprise Jacques Delens entre 2023 et 2026, ont converti l'ensemble en logements sociaux de une à trois chambres, dont trois unités adaptées aux personnes à mobilité réduite.

« Maintenance as architecture »- K. Berghmans et B. Robles Hidalgo

Si le précédent volet de cette opération avait surtout questionné la stratégie de conception, c'est aujourd'hui le bilan qui impressionne. La démarche défendue par Karbon« entretenir plutôt que concevoir », pour reprendre l'esprit de la formule « maintenance as architecture »  s'est traduite par un inventaire systématique mené pendant la vacance du bâtiment, puis par un protocole de chantier où le site lui-même a servi de bourse d'échange : ce qui n'était pas réutilisé sur place partait vers des filières de réemploi professionnelles, remplacé par des matériaux issus de circuits similaires. L'existant n'y est jamais traité comme un déchet, mais comme un stock de valeur à trier, restaurer et reloger.

Une matière première déjà-là

Les chiffres communiqués lors de l'inauguration donnent la mesure de l'exercice. Pas moins de 61 cuisines équipées ont été remises en état avec de nouveaux robinets et électroménagers, 1.150 m² de parquet chêne ont été patiemment restaurés et 960 m² de carrelage ont trouvé une seconde affectation dans l'immeuble. Les corps de métier ont en outre reconditionné 265 radiateurs et 350 châssis de fenêtres, tandis que les gaines de ventilation existantes ont été conservées. Lorsque du neuf s'imposait, le choix s'est porté sur des matériaux sobres et renouvelables, à l'instar du liège expansé retenu pour l'isolation par l'intérieur, associé à une finition murale à la chaux.

Habiter mieux, ensemble

La rénovation n'a pas seulement circularisé les flux de matériaux : elle a repensé les intérieurs autour d'une répartition plus nette entre espaces de jour et de nuit, avec des cuisines ouvertes sur les séjours et des loggias élargies qui gomment la frontière avec l'extérieur. Le plan original en cœur d'îlot, accessible par une venelle intérieure, a été conservé dans sa logique traversante. À l'échelle collective, le jardin, la cour anglaise et le nouveau local communautaire du rez-de-chaussée ont été repensés comme des interfaces avec le quartier, complétés par 120 emplacements vélos contre 16 places de parking. Lauréat Renolab.B dans le cadre de la stratégie Renolution, l'ensemble affiche une performance énergétique passable d'exemple, avec une isolation complète et des panneaux solaires en toiture.

Un étalon pour le logement public bruxellois

En inaugurant ce chantier pilote, la SLRB et BinHôme ont esquissé le standard de demain : préserver au lieu de raser, prolonger la durée de vie des immeubles, découpler rénovation et extraction de ressources. Un modèle salué par les institutions, qui soulignent sa portée symbolique face au futur Clos des Mariés d'Usquare, dont l'histoire de gendarmes mariés croise ici celle du logement public circulaire. La transition écologique de la Région bruxelloise a trouvé l'un de ses arguments les plus concrets.

Source Karbon’

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