Skatepark du Charroi à Forest : transformer une friche urbaine en lieu de vie

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Forest comptait jusque-là parmi les rares communes bruxelloises sans skatepark. C'est désormais chose du passé. Niché sous le pont ferroviaire de la rue du Charroi, le skatepark doté d'un plateau de 600 m² a pris place là où ne s'étendaient que friche et gravats. 

Fruit d'une collaboration entre le bureau d'architectes Reservoir A et le spécialiste des infrastructures de glisse Antidote, le projet s'inscrit dans le contrat de quartier durable « Wiels-sur-Senne » et transforme un angle mort de la ville en véritable lieu de vie, ouvert aux skateurs comme aux simples curieux.

Un terrain de glisse sous les rails

L'emplacement n'a rien d'un hasard. Le terrain, mis à disposition par Infrabel, présentait des atouts que peu de sites bruxellois peuvent offrir : des piliers massifs qui composent un décor minéral propice aux figures urbaines, mais aussi un tablier protecteur qui abrite les usagers de la pluie et garantit de la fraîcheur lors des journées de forte chaleur.

Pour la Secrétaire d'État bruxelloise à l'Urbanisme, Ans Persoons, qui a délivré le permis d'urbanisme via urban.brussels, la philosophie est claire : les interstices inexploités de la ville se font rares, et leur redonner une fonction évite de mobiliser d'autres terrains. Après plusieurs mois de travaux, le premier skatepark de Forest a été inauguré en septembre 2026.

Une géométrie inspirée par la Senne

Au premier regard, c'est la morphologie singulière de l'aménagement qui apparait. Le plateau en béton, à peine surélevé d'une quinzaine de centimètres, est traversé d'un tracé sinueux évoquant une rivière asséchée. Ce clin d'œil n'est pas qu'esthétique : il rend hommage au passé hydraulique de la vallée de la Senne et aux fameux snakeruns des années 1970, tout en dictant aux riders leurs trajectoires et leur vitesse.

Autour de ce fil conducteur, les modules de street conservent des hauteurs contenues, entre 10 et 90 centimètres, afin que débutants et pratiquants aguerris cohabitent sans se gêner. En fond de parcelle, une demi-lune plafonnée à 80 centimètres permet un apprentissage en douceur de la courbe, avant un slapy réservé aux plus expérimentés. Skateboard, BMX, trottinette et roller s'y côtoient, tandis que les limites du parc s'effacent en transitions douces vers le trottoir et la piste cyclable, ponctuées de bancs multifonctionnels, sktables eux aussi.

Réemploi des matériaux et béton allégé

Le choix du béton répond aux exigences particulières d’un équipement de glisse : continuité des surfaces, précision des formes et résistance à une utilisation intensive. Le projet fait également appel à un béton à faible empreinte carbone renforcé de fibres de verre, selon les informations communiquées lors de sa présentation. Des zones perméables et des plantations complètent l’aménagement, notamment pour contribuer à la gestion des eaux pluviales.

La démarche environnementale repose aussi sur la valorisation de ressources déjà disponibles. Certains éléments présents sur le site ou issus des dépôts communaux, notamment des blocs de béton de type Jersey, des pierres et des pièces métalliques, sont destinés à être réutilisés dans l’aménagement. Cette approche limite le recours à des matériaux neufs et inscrit le projet dans une logique d’économie de moyens, où l’existant devient une ressource pour fabriquer le nouvel espace.

Un pocketparkco-construit avec le quartier

Le lieu ne se résume pas à un équipement sportif. Une concertation organisée en juillet 2024 a permis de recueillir les remarques des riverains, des associations et des pratiquants de nourri le dessin final.

Un espace vert, avec ses assises et ses stationnements vélos, y compris pour les cargos, invite à la flânerie. Ici, la créativité urbaine dispose d'un cadre dédié. Les tags y sont en effet explicitement autorisés, transformant les murs et piliers en galerie d'expression ouverte.

En créant un lieu de pratique, de rencontre et d’expression, le projet cherche à faire émerger une nouvelle centralité à l’échelle du quartier.Le skatepark du Charroi montre ainsi comment un espace délaissé peut devenir un équipement de proximité sans nécessiter une transformation radicale de son environnement.En composant avec la géométrie du pont, en mobilisant des matériaux adaptés et en diversifiant les usages, RESERVOIR A et Antidote proposent une nouvelle manière d’habiter les interstices urbains. 

Source Reservoir A

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