Repenser l’architecture : Pieter Verfaillie sur le réemploi comme posture de projet

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Aujourd’hui, l’environnement bâti appelle des réponses différentes de celles d’il y a vingt ans. Là où la construction neuve s’imposait autrefois, la nécessité de valoriser les structures existantes de manière réfléchie devient centrale. Lors d’Architect@Work, Pieter Verfaillie, de Erfgoed en Visie, met en lumière, dans sa keynote L’architecte en tant que requalificateur, le rôle clé du réemploi.

Son propos s’ancre dans la pratique et montre comment les architectes s’adaptent progressivement à cette nouvelle réalité. Il ne s’agit plus de construire davantage, mais de comprendre, de réutiliser et de relier, avec une attention particulière au lieu et à son inscription dans le temps.

DE CONSTRUIRE À REPENSER

Lorsque Pieter Verfaillie a obtenu son diplôme en 2004, le modèle classique dominait encore : concevoir, construire, renouveler. Depuis, cette approche a évolué.

« La question est aujourd’hui moins de savoir ce que nous pouvons ajouter, que de comprendre ce qui existe déjà et comment l’aborder », explique-t-il. Cette évolution marque son passage d’architecte concepteur à spécialiste de la reconversion. Cette transition s’est faite progressivement, nourrie par l’expérience de terrain. Au fil du temps, la conviction s’est affirmée que la qualité architecturale découle de la spécificité du lieu.

COMPRENDRE AVANT D’INTERVENIR

La reconversion ne commence pas par un projet, mais par une analyse du bâtiment. Quelle est son histoire ? Quelle valeur patrimoniale porte-t-il ? Comment se présente-t-il sur les plans matériel, spatial et structurel ?

Cette phase constitue aujourd’hui une part essentielle de la pratique. Avec le bureau d’études patrimoniales Herbé, Pieter Verfaillie se concentre sur cette étape en amont : élaboration de scénarios, identification du potentiel et étude de faisabilité. En parallèle, il a développé, via United Experts Group, un réseau de spécialistes issus de disciplines variées, allant de la mobilité et de la nature au patrimoine et à l’économie, afin d’approfondir cette analyse.

Cette manière de travailler met en évidence un constat : l’architecture contemporaine est par nature interdisciplinaire. Pour les sites complexes en particulier, la collaboration s’impose.

PAS DE PROGRAMME FIGÉ, MAIS UNE EXPLORATION

Alors que les missions classiques reposent sur un programme défini, la reconversion débute souvent par une question ouverte. Que peut devenir ce lieu ? Quelles fonctions y sont possibles et pertinentes ? Et comment s’inscrivent-elles dans leur contexte élargi ?

« Une grande partie du travail se déroule avant même qu’il soit question de conception concrète », précise Pieter Verfaillie. « Les possibilités sont explorées, les scénarios évalués et la faisabilité analysée, souvent avant même qu’un site ne soit effectivement développé. Ce n’est que lorsque cet ensemble devient cohérent que le processus de conception et de réalisation peut commencer. » Le rôle de l’architecte évolue ainsi : moins centré sur la forme, davantage orienté vers l’accompagnement de processus et la réflexion stratégique.

LA RECONVERSION COMME LEVIER

Ce qui distingue la reconversion contemporaine tient autant à la méthode qu’à l’ambition. Pour Pieter Verfaillie, un projet doit produire plus qu’une valeur économique. Il doit également contribuer à son environnement et à la société.

Cette approche se traduit dans des projets tels que la requalification d’un site à Roulers, où un monastère, une église et une maison de repos ont été réunis dans un nouvel ensemble mêlant logement, travail et soins. Le projet montre comment des bâtiments existants peuvent redevenir des supports de dynamique socio-économique.

À plus petite échelle, la même logique s’applique. Un fragment de brasserie à Bruges ou une chapelle en milieu rural : dans chaque cas, le projet s’appuie sur l’existant. Il ne s’agit pas de remplacer, mais de renforcer.

ENTRE CIRCULARITÉ ET RÉALITÉ

À une époque où durabilité et circularité occupent une place centrale, le besoin de nuance s’impose. Selon Pieter Verfaillie, l’usage superficiel de ces notions comporte des limites. Tous les projets qualifiés de circulaires ne le sont pas nécessairement en pratique.

« La reconversion véritable ne se limite pas à la récupération de matériaux. Elle implique le respect des structures, la compréhension du contexte et des choix réfléchis qui créent une valeur sociétale à long terme », souligne-t-il.

À travers des initiatives telles que Herbestemmingsdag, il cherche également à élargir le débat et à rassembler différents acteurs autour de cette thématique.

UNE PROFESSION EN MUTATION

Pour les jeunes architectes, cette évolution représente à la fois un défi et une opportunité. Le secteur évolue rapidement et appelle des profils capables de dépasser le cadre du projet traditionnel.

Son conseil est clair : « Explorez la discipline dans toute son étendue, développez votre expérience, puis osez faire des choix. La reconversion n’est pas une niche, mais une orientation de plus en plus centrale, qui dépasse le seul champ de l’architecture. »

ARCHITECT@WORK

Lors d’Architect@Work, Pieter Verfaillie rassemble ces réflexions dans une keynote en phase avec les enjeux actuels : concevoir implique aujourd’hui de composer avec l’existant. Son message est clair. L’architecte de demain ne se limite pas à concevoir de nouveaux bâtiments, il donne du sens aux structures existantes. La reconversion s’impose comme une évolution structurelle.

INFORMATIONS PRATIQUES

Keynote : L’architecte en tant que requalificateur
Quand : jeudi 21 mai à 13 h
: Architect@Work Bruxelles
Plus d’informations : https://www.architectatwork.com/fr/events/a@w-brussels/academy

Une organisation de l’Ordre des Architectes – Conseil flamand

Source Pieter Verfaillie

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