• 08 octobre 2026
  • NL
  • FR

INTERVIEW. Architecture et aménagement intérieur en un concept unique

  • image

Un intérieur n'existe jamais seul. L'architecture définit l'espace dans lequel il prend forme, tandis que l'usage, les matériaux et la technique orientent les choix du concepteur. Cette interaction est particulièrement visible dans le cadre d'une reconversion : ce qui existe déjà ne constitue pas un décor neutre, mais une couche active au sein du nouveau projet.

À partir de trois propositions, Steven De Bondt de Rockfon, Elisabeth Lehouck de aNNo Architecten et Bert Bultereys de Tab Architects examinent comment l'architecture et l'architecture d'intérieur s'influencent mutuellement. Les projets Léon et Abby Kortrijk, tous deux nominés aux Architectura Awards, illustrent comment l'usage et le patrimoine, loin d'imposer des contraintes, peuvent au contraire donner lieu à de nouveaux choix de conception.

Proposition 1 : l'architecture et l'architecture d'intérieur ne peuvent être conçues séparément l'une de l'autre

Pour Bert Bultereys, cette distinction est pratiquement impossible à établir dans la réalité. « Le projet présenté forme toujours un tout cohérent. L’architecture et l’architecture d’intérieur se renforcent mutuellement et mettent en valeur leurs concepts respectifs. » Pour lui, l’architecte est donc un généraliste, qui relie entre eux différents niveaux d’échelle : de l’urbanisme et du paysage aux extérieurs, aux intérieurs, aux détails et à la signalétique. « Nous essayons de réunir toutes ces différentes échelles au sein d’un seul concept cohérent. »

Cela signifie également que le processus de conception ne se déroule pas de manière linéaire, de l’extérieur vers l’intérieur. « Ce n’est pas comme si nous concevions d’abord l’extérieur, puis que nous réfléchissions à l’aménagement intérieur. Cela ne fonctionne pas ainsi dans notre bureau. » L’architecture guide l’aménagement intérieur, mais l’étude de l’espace, de l’ambiance ou des matériaux peut tout aussi bien avoir un impact sur l’extérieur.

Dans le domaine du patrimoine, cette interdépendance est encore plus évidente, fait remarquer Elisabeth Lehouck. « Nous analysons toujours d’abord le bâtiment existant avant d’intervenir. Les enchaînements d’espaces, les plafonds, les finitions ou les lambris font en réalité déjà partie de votre intérieur. Il faut en tenir compte dans la conception. »

Les techniques doivent elles aussi s'intégrer à ce processus au bon moment. Pour les solutions acoustiques, cela se fait parfois encore trop tard aujourd'hui, constate Steven De Bondt. « Dans les cas les plus extrêmes, presque arrivés au bout du projet, on se rend compte soudainement qu’il faut encore penser à l'acoustique. À ce stade, toutes les options ne sont plus envisageables. » Une étude précoce offre une plus grande liberté de conception et évite que les solutions ne se fassent au détriment du budget, du calendrier ou de l'esthétique.

Cela étant dit, il n'est guère utile de choisir des solutions techniques avant que la fonction, la ventilation, l'éclairage ou la structure du plafond ne soient clairement définis. Il ne s'agit donc pas tant d'intégrer les techniques le plus tôt possible, mais plutôt de les faire intervenir au bon moment dans la conception.

Proposition 2 : un aménagement intérieur réussi ne dépend pas en premier lieu des matériaux ou des finitions, mais de la manière dont un espace est utilisé

D'un point de vue acoustique, la réponse est claire pour Steven. « Chaque espace a une acoustique propre, il faut donc bien déterminer à l’avance à quoi servira cet espace. » Une salle de classe n’a pas les mêmes exigences qu’un restaurant, un musée ou une salle de concert. C’est surtout dans le cas des espaces polyvalents que cela peut poser problème : ce qui fonctionne bien pour une école pendant la journée ne convient pas forcément à une fanfare ou à une école de musique le soir.

Pourtant, l’usage n’est qu’une dimension parmi d’autres dans la conception. « L’aspect fonctionnel est bien sûr très important, mais ce n’est pas le seul critère », nuance Bert. « Nous accordons également de l’importance à la création d’une certaine ambiance ou d’une sensation d’espace, ou simplement à la conception d’un espace beau et agréable. Si l’on se base uniquement sur l’aspect fonctionnel, on risque de passer à côté d’une certaine richesse. »

Dans le cadre d’une reconversion, un troisième acteur entre en jeu : le bâtiment lui-même. « Comme nous avons l’habitude de travailler avec des bâtiments existants, le bâtiment constitue en soi un point de départ et une source d’inspiration », explique Elisabeth. Cela signifie parfois même qu’une partie du programme n’est pas pertinente. Ce n’est pas forcément un échec. Respecter le bâtiment, c’est donc oser accepter que le programme doive s’adapter.

Léon montre comment cette recherche peut déboucher sur des interventions ciblées. L'ancien bâtiment commercial a été transformé en bureaux, mais la façade caractéristique, avec ses petites ouvertures, soulevait des questions quant à l'apport suffisant de lumière naturelle. L'intégration stratégique de puits de lumière a permis d'y répondre sans modifier fondamentalement le caractère du bâtiment.

Pour Abby, l’espace n’a délibérément pas été conçu pour une fonction unique. « Nous voulions créer un espace qui offre de multiples possibilités », explique Bert. Aujourd’hui, cet espace fait office de restaurant et de café, mais il aurait tout aussi bien pu accueillir un musée ou remplir une autre fonction. « Il ne ressemble pas spécifiquement à un café-restaurant, mais plutôt à un lieu qui s’intègre à ce qui existe déjà et qui peut assumer différentes fonctions. »

Un aménagement intérieur réussi ne repose donc pas sur un seul principe directeur, mais sur un équilibre entre l'usage, l'expérience vécue et les possibilités offertes par l'architecture elle-même.

Proposition 3 : lors d'une réaffectation, le bâtiment existant influence-t-il l'aspect du nouvel intérieur ?

Pour Elisabeth, l’existant représente bien plus qu’une simple contrainte lors d’une reconversion. « Il y a des éléments auxquels on peut faire référence avec un clin d’œil, d’une manière contemporaine, ou qu’on décide de conserver parce qu’ils apportent une valeur ajoutée à l’espace. Pour nous, c’est justement une source d’inspiration qui nous permet d’aller plus loin et de créer une continuité. »

Abby illustre cette approche. Dans le dormitorium, le sol en terre cuite rouge classé a servi de point de départ pour le nouveau pavillon. Ce sol se prolonge ici dans une version contemporaine, tandis que la teinte rouge chaleureuse se retrouve également dans les revêtements des murs et du plafond. Il en résulte une continuité matérielle et visuelle où l’ancien et le nouveau se fondent l’un dans l’autre. L'histoire transparaît également subtilement dans l'aménagement : la longue table du café fait référence au réfectoire où les moines prenaient leurs repas ensemble, tandis que la configuration du bar évoque l'ancienne cuisine du monastère.

Mais s’appuyer sur l’existant peut aussi signifier n’ajouter que très peu. Dans la chapelle du XVIe siècle, l’équipe de conception a opté pour un sol gris clair, des murs blancs et un rideau blanc translucide. « Nous avons délibérément choisi de ne pas ajouter d’éléments d’intérieur qui attirent l’attention, afin de mettre pleinement en valeur l’espace existant », explique Bert.

Pour Léon également, la structure en béton existante a été remise en valeur et a servi de référence dans la surélévation pour les nouvelles interventions en bois et en acier. Pour Elisabeth, l'existant constitue ainsi une sorte de langage de référence sur lequel il est possible de s'appuyer sans effacer ce qui existe déjà.

Le bâtiment existant ne devient donc pas un obstacle que le concepteur doit surmonter. « C'est un moyen de s'appuyer sur ce qui existe pour aller de l'avant. Pour créer, à partir de l'existant et du nouveau, un ensemble cohérent », conclut Bert.

  • Partager cet article