A Namur, les premières notes résonnent dans le Grand Manège

Les passionnés de belle musique ne devront plus forcément faire le déplacement vers Flagey. Namur vient en effet de mettre en service son Concert Hall, logé dans un tout nouveau bâtiment à l'acoustique exceptionnelle qui abrite également le Conservatoire de la Ville. Sertie dans les murs d'enceinte du manège militaire construit en 1856, cette réalisation très attendue a été menée en design & build par la SM Wust - Cobelba, sur des plans signés par les architectes liégeois p.HD et Architectes Associés. Elle est la première achevée dans un quartier des casernes en plein renouveau.

 

Il s'agit là en effet de la phase 1 du projet de transformation de l’Espace Rogier, par laquelle l’ancien mess ainsi que le grand manège des officiers ont été démolis pour faire place à une construction neuve. Le parking Rogier et quelques anciens bâtiments adjacents, normalement dévolus à la construction de logements en phase 2, sont cependant toujours « dans leur jus ».

 

Boîtes à musique

La volumétrie s'article autour de deux boîtes contenant une grande salle de spectacle de 800 places et une plus petite salle de 150 places, complétées par un ensemble de salles de cours pour l’académie de musique et de bureaux pour l'association Cav&ma. L'acoustique fut évidemment au centre des péroccupations durant tout le chantier, qui aura duré deux ans, sans compter deux ans pour la phase de conception.

L’entrée principale située rue Rogier est commune à l’ensemble. Elle donne sur un hall traversant sur deux niveaux qui articule les differents pôles et accède à l’agora extérieure. A gauche, il y a la salle de concerts avec les entrées vers le parterre, les balcons, les locaux techniques… A droite, il y a des locaux administratifs au rez-de-chaussée et au premier étage et les classes du Conservatoire aux 2e et 3e étages.

 

Programme chargé

« Le travail de conception a été titanesque pour faire entrer le programme imposé dans le volume possible et raisonnable, mais aussi pour ne pas construire toute la parcelle. On devait aussi rester dans le gabarit actuel de la rue, à savoir rez+3 niveaux. Une autre exigence du projet était de conserver au moins 2 murs du grand manège. On a fait le choix de les conserver tous. On s’inscrit ainsi dans le tissu ancien et on y insère la salle de concerts », expliquent les architectes.

 

Choix d'aménagement urbain

« On n’avait pas de prise sur la localisation du projet, c’est un choix de la Ville. Au niveau urbanistique, le bâtiment reste plus ou moins sur les traces de l’ancien, en front de voirie côées rue Rogier et rue Pépin. Il dégage en arrière-zone un espace public extérieur sur lequel donnent accès la petite salle du Conservatoire et la brasserie. L’ambition est d’y créer un nouveau lieu public ouvert à la vie locale et protégé de la voirie. Le Concert Hall sera un équipement majeur en plein centre-ville. Ce projet répond à une logique d’aménagement du territoire. C’est intéressant de ramener en centre-ville ce qui rassemble les gens. »

 

Touches de piano

Outre les façades historiques en brique, certaines sont enduites de blanc et d’autres sont dans un ton gris anthracite. Les façades grises sont pourvues de grandes baies vitrées qui évoquent des touches de piano. Selon les architectes, ces tonalités très contrastées expriment la diversité du programme. Les volumes blancs accueillent les salles de représentation. L’enduit blanc réfléchit la lumière et renvoie la chaleur. Il permet de mettre les salles à l’abri des perturbations extérieures (bruit ou lumière). Les façades de ton gris anthracite largement vitrées et ouvertes sur l’extérieur abritent les bureaux, les classes et les locaux de service. La teinte et les proportions des baies vitrées rendent ces activités lisibles depuis l’espace public. Bien qu’expressif, le nouveau bâtiment s’intègre subtilement dans le centre urbain.

 

Acoustique de niveau international

La grande salle de concerts répond à des exigences acoustiques internationales. L’ambition a été définie pour y jouer de la musique classique. Le son doit résonner longtemps, entre 2 et 3 secondes, pour que les differents instruments aient le temps de se mélanger et créer l’effet sonore voulu. Dans les salles dédiées au rock amplifié ou à l’électro, le temps de réverbération est beaucoup plus court pour absorber les basses. Un temps de réverbération long implique d’avoir un grand volume pour que le son ait le temps de résonner à l’intérieur.

Les exigences acoustiques ont aussi orienté le choix de surfaces réfléchissantes comme des finitions en béton et des habillages en bois massif (les bois perforés sont des habillages absorbants).

 

Aussi pour le théâtre

Des efforts ont aussi été faits pour rendre la grande salle plus polyvalente sans remettre en cause sa destination premiere. Elle pourra accueillir de la musique amplifiée, voire du théâtre, en réduisant le temps de réverberation et en absorbant plus les sons pour être compréhensible. Des équipements ont été réalisés sur mesure à cet effet : un système de rideaux et des bannières acoustiques réglables.

L’isolation acoustique a aussi été étudiée pour qu’on n’entende pas les cours d’une classe a l’autre, ni les bruits de la rue dans les salles.

« C’est un projet qui a énormément de qualités au niveau de sa conception, difficile à construire, mais excessivement bien conçu. C’était très compliqué de faire un bâtiment qui fonctionne avec tant d’exigences. Et celui-ci fonctionne, concluent les architectes. »

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