Les Jardins d'Élise à Ixelles : quand l'entrée d'une école devient un morceau de ville
Au 98-102 de la rue Élise, à deux pas de la place de la Petite Suisse, un projet s'apprête à transformer un angle négligé d'Ixelles en un lieu de vie ressourcé. Porté par le cabinet Argine Architecten en association avec Sebastiaan Willemen et Stabico-Stir, à l'initiative de la Commune d'Ixelles, il redonne enfin du sens au nom évocateur de « Jardins d'Élise ».
Une école centenaire qui manquait de visibilité
Inaugurée en 1906, l'école communale n°12 occupe le cœur d'un îlot sans jamais en montrer le visage. Ce choix urbanistique d'origine, destiné à faire l'économie d'une façade monumentale, a laissé l'établissement sans véritable porte d'entrée : aujourd'hui, on y accède par un étroit couloir d'une dizaine de mètres, coincé entre deux pignons aveugles, où s'entrechoquent vélos et conteneurs. Le Contrat de Quartier Durable « Petite Suisse », qui ambitionne de reconnecter ce secteur enclavé, offre l'occasion rêvée de corriger cette anomalie.
Du trottoir au portail : une promenade urbaine repensée
Le parti pris des architectes tient dans une séquence simple, pensée comme une déambulation. Le piéton quitte la rue pour traverser un premier jardin ouvert, atteint une placette arborée où l'attendent bancs et auvents protecteurs, puis découvre le portail scolaire cadré par les pavillons historiques. Deux maisons d'angle neuves se dressent comme les piles d'un portail réinventé, tandis que de fines colonnes rappellent celles de l'entrée d'origine, disparues sous la pression immobilière du siècle dernier. Des joints de pavés qui verdissent aux massifs plantés pour les pollinisateurs, chaque détail invite la ville à pénétrer doucement vers l'école, y compris une « rue scolaire » sécurisée en projet.
Des maisons rénovées qui regardent le quartier
Les deux habitations existantes font l'objet d'une cure de fond. Le n°98, le plus fragilisé, accueille désormais au rez-de-chaussée une maison de jeunes de quelque 120 m² : sa grande salle polyvalente, sa cuisine-atelier et ses sanitaires accessibles hors horaires d'ouverture prolongent les usages vers le parvis. À l'étage, trois logements sociaux aux typologies variées — studio, duplex, appartement traversant — gagnent en lumière grâce à des pignons désormais percés et à un escalier relocalisé. Le n°102, déjà en bon état, se contente d'une rénovation énergétique ciblée et se scinde en deux unités d'habitation complémentaires.
Une démonstration de sobriété constructive
Côté durabilité, le projet aligne les arguments : conservation maximale du bâti, extension reconstruite en ossature bois, briques récupérées pour les murets du jardin et matériaux géosourcés. La géothermie associée à des pompes à chaleur, des capteurs photovoltaïques en toiture, une citerne de 20 000 litres pour les toilettes et l'arrosage, ainsi que des surfaces perméables complètent une stratégie environnementale cohérente. Plus encore, la conception en couches dissociables — structure, enveloppe, techniques — garantit au lieu une capacité d'adaptation sur un siècle.
Avec ce dispositif à hauteur d'enfants comme d'adultes, la Commune d'Ixelles ne signe pas qu'une entrée d'école : elle offre au quartier Petite Suisse une petite place publique qui vivra du matin jusqu'au soir, des premiers matins frisquets jusqu'aux derniers ados de la maison de jeunes.