Archi-militant : Bouwmeester wallon – Festina lente, disaient les Romains

Jamais, au grand jamais, je n’ai vu les politiques wallons autant empreints de la sagesse romaine. Si des championnats du monde existaient en la matière, ce n’est pas la troisième ni la deuxième place qu’ils décrocheraient, mais bien la première. Ceci dit, ils ont quelques excuses.

 

Il y a quelques semaines, à l'initiative de l'Institut Culturel d’Architecture Wallonie-Bruxelles et de la Cellule architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un débat a été organisé dans les travées du Parlement wallon afin d’évoquer le serpent de mer d’un bouwmeester pour la Wallonie. Une fonction que nos voisins directs ont déjà mise en place depuis 24 ans pour nos amis flamands et 13 ans pour Bruxelles.

Qu’est-il ressorti des quelque trois heures de débat entre les architectes présents et les politiques ? Primo, et c’est sans doute là l’élément le plus inquiétant : que la profession ne semble malheureusement pas encore d’accord pour donner une définition claire du rôle que ce fameux bouwmeester doit jouer. Pour les uns, la personne occupant cette fonction devrait travailler sur la facilitation des concours d’architectes organisés dans le cadre des appels d’offres publics; pour d’autres, il est essentiel que cette fonction amène à repenser l’exercice de l’art architectural à la lumière des grands bouleversements provoqués par les effets du réchauffement climatique; pour d’autres encore, il serait essentiel que ce rôle amène à repenser l’architecture à l’aune de l’interpénétration des fonctions de blocs de bâtiments; enfin, pour certains, c’est toutes ces fonctions qui devraient être assurée avec la même énergie par ce fameux bouwmeester wallon.

Au-delà du vertige que peut provoquer cette définition à tiroirs, un autre problème attend celles et ceux qui attendaient à juste titre que la fonction naisse enfin en Wallonie. Et c’est mon deuxième point : celui de l’argent. Aujourd’hui, ce n’est un secret pour personne, les caisses de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne sont pas seulement complètement vides : elles sont remplies de dettes… On se doute bien que la mise en place du seul bouwmeester ne va pas coûter des ponts (petit clin d’œil au passage à J.-C. Defossé et à ses GTI), mais au-delà de la fonction du bouwmeester, il y a aussi, sans doute, le budget à affecter au bon fonctionnement de l’éventuel recasage de la Cellule architecture qui opère déjà au sein du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles et qui pourrait se voir assigner un rôle de pôle opérationnel au service du bouwmeester. Ce n’est certes là qu’un effectif d’une dizaine de fonctionnaires, mais les politiques wallons savent désormais que les petits ruisseaux peuvent parfois faire… les grands débordements.

A ce compte, était-il nécessaire d’organiser un débat ? Oui, au moins pour que je puisse rappeler ici, sans fards et sans détours, que la fonction du bouwmeester est évidemment essentielle. Ce caractère essentiel ne m’a pas franchement semblé transparaître dans les interventions des politiques présents. En tant que ministres respectivement chargés de la culture, du Climat et des Infrastructures, des bâtiments scolaires, Bénédicte Linard s’est contentée de féliciter les initiateurs de cette rencontre, Philippe Henry de rappeler que le concours d’architecture qu’il a mis sur pied lorsqu’il était en charge de l’aménagement du territoire avait survécu à son changement de poste, quant à Frédéric Daerden, en charge de l’important dossier des bâtiments scolaires, il s’est laissé aller, comme à son habitude, à quelques traits d’humour, qui n’ont guère donné l’occasion de découvrir la substantifique moëlle de sa conception du rôle du bouwmeester.

Au-delà de l’avis que je peux porter à titre personnel sur le sujet et sur les politiques que j’ai entendu aborder le sujet sur place, ces trois heures nous auront permis de découvrir le courage exemplaire (et je le dis sans ironie) du chef de cab de Willy Borsus, Olivier Granville, seul représentant politique à s’être vraiment risqué à dire sans détour aux architectes que la priorité avait malheureusement dû être placée sur les inondations, que la question budgétaire posait elle aussi malheureusement problème et que les travaux engagés ne déboucheraient à tout le moins pas sur les premières conclusions avant un an, au mieux. Malheureusement, ici aussi. Festina lente, disaient les Romains…

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