Archi-militant : Durobor veut rester incassable

Inscrite depuis près d’un siècle dans le paysage de Soignies, l’entreprise Durobor a malheureusement fait faillite en 2019, laissant sur le carreau 150 travailleurs. Un magnifique bâtiment à l’architecture marquée et des souvenirs que les Sonégiens veulent garder dans leur champ de vision.

 

A chaque fois qu’une entreprise industrielle quitte un bâtiment à l’architecture remarquable suite à une faillite, surgit le spectre de la démolition. Souvent conçus et pensés dans le cadre d’activités particulières, je l’admets sans détour, ces espaces sont assez peu souvent adaptés aux besoins des entreprises actives dans les services. Et encore moins à une reconversion en logements. Si j’étais promoteur, l’affaire serait réglée en un tournemain : j'appuierais sans doute sur les touches ‘démolition’ et ‘reconstruction à neuf’ et l’affaire serait entendue. Mais voilà, je ne suis pas promoteur. Et force est de reconnaître que l’attachement des riverains à ces bâtiments qui ont une histoire est réel. A Soignies, où des familles entières ont bossé à l’usine pendant des décennies pour fabriquer des millions de gobelets vendus dans le monde entier, faire table rase du passé serait une option difficile à avaler. Un peu comme si on privait les Carolos de leurs terrils, les Verviétois ou les Courtraisiens de leurs anciennes filatures.

En charge du dossier, la SOGEPA a fait quelque peu tressaillir les amoureux du patrimoine en publiant, fin janvier 2022, un appel d’offres pour la sélection d’un prestataire pour la construction d’un Master plan qui tracera les grandes lignes directrices de la reconversion du site, en précisant que « l’objectif premier est de pouvoir y réimplanter de l’activité économique », mais sans faire mention du maintien d’un ou de plusieurs bâtiments. Quelques semaines plus tard, l’angoisse a été levée grâce à une clarification du ministre Willy Borsus et de la SOGEPA. Suite aux signes de mécontentement des riverains ? De l’interpellation de l’opposition au Parlement wallon à propos de la préservation du caractère historique du bâtiment ? Peu importe… En mars, dans une intervention commune, SOGEPA et Borsus précisaient enfin que le marché du master plan était attribué au consortium ALPHAVILLE/XMU, « connu (...) pour ses réelles aptitudes en terme de processus participatif et d’écoute » et qui élaborera, c’est promis, une stratégie urbaine, paysagère, environnementale et architecturale.

J’imagine le 'ouf' de soulagement des familles qui ont travaillé chez Duro, des Sonégiens qui ont toujours connu ce bâtiment, mais aussi des passionnés d’histoire et de patrimoine. De mon côté, bien que cette vue soit assez éloignée géographiquement, je ne peux non plus m’empêcher de pousser un 'ouf' de soulagement : même à droite, le politique semble enfin avoir pris conscience de l’importance du patrimoine architectural. Et non, tous les fonds d’investissement ne sont pas toujours guidés par la seule rentabilité. Un cœur bat parfois aussi en eux.

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