Archi-militant : Je vous le dis, le naturel ne suffit pas

Ces derniers mois, que n'ai-je entendu de louanges à propos du retour au vrai, à l'authentique, aux matériaux nobles dans la construction. Tantôt délivrées par des puristes, tantôt par des partisans d'une économie zéro carbone, ces louanges ne me parlent pas. Et pour une raison très simple qui m'est apparue de manière éclatante il y a quatre ans, lorsque j'ai dû remplacer la toiture de ma maison, vieille de plus d'un siècle et demi.

A l'origine, le toit était recouvert d'ardoises naturelles qui ont été changées à une reprise. Je le sais pour avoir pris connaissance de l'historique complet de la maison. Fin des années '80, ce sont des shingles bitumineux parsemés de fibres de verre qui ont pris le relais jusqu'en 2018. Trente ans de bons et loyaux services pour cette couverture économique placée à la va-vite par les propriétaires précédents et qui, en théorie, ne devait guère résister plus de dix ans. S'il n'y avait que la longévité, j'aurais été enthousiasmé par les performances de ce matériau, sauf qu'il s'agit d'un composite et qu'a priori, en écologue orthodoxe que je suis, je n'envisageais pas vraiment le recyclage de ce matériau "bâtard" sous les meilleurs auspices.

Et c'est là que j'ai découvert que je me trompais sur toute la ligne, et que le caractère mixte d'un matériau ne remettait pas forcément en question son recyclage et sa réutilisation dans une optique circulaire. En revanche, en raison de leur caractère "fini", l'ardoise naturelle, le marbre et la pierre bleue laissent une marque indélébile dans le paysage. Dans la déconstruction d'un bâtiment, ces matériaux peuvent certes être réutilisés tels quels. On peut par exemple utiliser le tablier en marbre d'une vieille cheminée pour en faire un joli appui de fenêtre, mais en fin de compte les possibilités sont plus limitées qu'avec un matériau non-noble que l'on peut réutiliser et/ou transformer et/ou recycler à sa guise. Bref, quand s'est présenté à moi le choix du matériau à privilégier, j'ai osé faire le choix sacrilège de l'ardoise artificielle.  Une ardoise faite de ciment, d'un agglomérat de fibres et d'acrylique. J'ai finalement fait ce choix parce que j'ai laissé tomber mes préjugés et que j'ai constaté que des solutions sérieuses existent désormais pour régler le sort de ces centaines de plaques une fois venu le temps de les changer.

 

Le seul hic, c'est que ces ardoises très techniques sont encore regardées de travers par le commun des mortels. A commencer par mon voisin qui s'est inquiété de savoir pourquoi j'avais opté pour des ardoises contenant de... l'amiante. Comment lui en vouloir ? Dans la population, qui sait que cette fibre cancérigène a été bannie depuis 1998 ? Qui connait la valeur réelle du composite ? A contrario, lorsqu'un maître d'ouvrage fait le choix du naturel, il croit superflu de se soucier des précautions environnementales prises par son producteur d'ardoises, dès lors qu'elles sont... naturelles. Et c'est là une erreur fondamentale, car je vous le dis, le naturel ne suffit pas.

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