Archi - militant : Le palais Stoclet n’est pas une légende urbaine

Le sujet de la volonté d’imposer une ouverture du palais Stoclet par la secrétaire d’Etat bruxelloise à l’urbanisme Vooruit Ans Persoons m'inspire des sentiments mitigés. Entre le strict respect de la propriété privée et le respect de la nature collective d’un bien classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, il m’est en effet difficile de me faire une religion. Quoi que…

D'un côté, il n'y a certes aucune raison que les belles choses ne soient pas montrées à chacun, dès lors qu'il veut accéder à la beauté. De l'autre, la noirceur du monde me donne quelques raisons de penser que les descendants de la famille Stoclet ont peut-être des raisons particulières (et même peut-être légitimes) de laisser fermées les portes de leur palais. Après tout, ne dit-on pas que l'architecte Josef Hoffman qui a conçu l'édifice avait accédé aux demandes du maître d’ouvrage, qui avait émis le souhait de tourner le dos à l'avenue de Tervuren en signe de protestation face à la longue et pompeuse avenue de Tervueren dessinée par le roi Léopold II? Rien n’est sûr à ce sujet. Les historiens se sont penchés sur la question sans avoir définitivement tranché. On ne saura donc sans doute jamais distinguer la part de légende de cette histoire.

Quoi qu’il en soit, ce qui est sûr, c’est que la descendance Stoclet n’est pas près de concéder un accès au public d’un seul millimètre carré de sa propriété, fût-ce avec des moyens vidéos. C’est d’ailleurs la reconstitution de l’intérieur du bâtiment avec d’ancienne prises de vue dans le cadre d’une exposition qui a mis le feu aux poudres et qui a poussé les Stoclet à intenter une action en référé pour interdire l’accès à son intimité, même par le truchement d’images.

Bref, le combat juridique risque d’être âpre. Et les hypothétiques visites sans doute reportées aux calendes grecques. On pourra toujours s’esbaudir devant la façade arrière du magnifique bâtiment, et se dire qu’en fin de compte, l’architecture est bel et bien un acte politique. Et que l’histoire de la façade qui tourne le dos à la chaussée de Tervueren (et donc à la voie publique et au public) est sans doute finalement autre chose qu’une légende urbaine. En illustration de cette bafouille, une photo du palais du domaine… public. Espérons que les Stoclet comprendront que j’ai bien compris leur combat et qu’il n’est point nécessaire de m’assigner en justice pour violation de la vie privée.

 

Partager cet article:

Nos partenaires