Archi-militant | Qui sont donc ces gugusses, qui revendiquent le statut de droit d’auteur?

Dans sa très grande bonté, le fédéral a accepté que la profession d'architecte continue à bénéficier de l'énormissime privilège de percevoir tout ou partie de sa rémunération sous forme de droits d'auteur. Avec, à la clef, un régime fiscal favorable de 15% de précompte (perception ramenée à 7,5% sur les 18.000 premiers euros gagnés) en lieu et place du taux progressif de l'IPP qui engloutit très vite la moitié des revenus.

Pour bénéficier de cette grande faveur que l’argentier fédéral fait aux architectes, leur travail doit répondre grosso modo à trois conditions. Primo : être original ; deuzio : être matérialisé par une licence ; tertio : faire l'objet d'une communication au public, d'une représentation publique, d'une reproduction, voire d’une exposition... Bref, quand même pas mal de tracas en plus (notamment administratifs, mais aussi logistiques) pour pouvoir avoir l'énorme chance, que dis-je, le sublime privilège de voir... des contrôles fiscaux s'abattre sur eux. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est l'Ordre des architectes qui a d'ailleurs tout récemment enjoint ses membres à se montrer plus prudents que nécessaire pour éviter toute déconvenue. Aussi saugrenu qu’un Thierry Bodson qui recommanderait aux affiliés de la FGTB de ne pas se mettre en grève afin d’éviter de s’attirer la fureur des patrons… Que dire, sinon que quand un ordre aussi important encourage à ce point ses membres à rogner sur leurs droits légitimes, c'est forcément que la situation est tendue.

Plus fondamentalement, l'anecdote me semble bien résumer la considération portée par les autorités fiscales et donc, par nos législateurs, sur la nature de la profession d'architecte. Car c'est sûr, à l'instar d'autres besogneux comme les journalistes ou les romanciers dont le travail consiste à noircir du papier sans se soucier de ce qu’ils écrivent, d’artistes peintres dont le rôle bien connu est de vider des pots de peinture sur des feuilles blanches, les architectes qui, dans leur grande majorité, passent leurs journées à copier-coller des plans représentant des toits placés au-dessus de la tête des gens, avec quatre murs percés de fenêtres sans se soucier d'apporter quoi que ce soit en termes créatifs… Qui sont-ils donc ces gugusses de journalistes, d’artistes et d’architectes qui prétendent pouvoir revendiquer un quelconque statut d’auteur ? Allez, j'arrête là l'ironie. Et je termine avec ceci en wallon dans le texte : en vérité, je vous le dis, c'est todi les ptits k'on spotche (*). Et puis, allez, encore ceci : un pays qui taxe indûment les contribuables les plus démunis face au droit fiscal est un pays indigent.

(*) Ce sont toujours les petits qu’on embête.

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