Archi-militant | Site Piedboeuf: loin, très loin de la réhabilitation "Canada Dry"

@Altiplan

À mon sens, il y a deux types de promoteurs immobiliers. D'une part ceux qui sont prêts à tous les compromis pour faire passer leurs projets, quitte à transformer compromis en compromissions; d'autre part, ceux qui ont de la suite dans les idées, et que personne ne fera changer de cap.

C'est chez les promoteurs prêts à ne déplaire à personne que me semblent germer les projets les plus ratés. À force de vouloir ménager les susceptibilités, et de s'inspirer des avis des uns et des autres, on se retrouve assez souvent face à des projets sans âme, dotés d'une colonne vertébrale à géométrie variable, avec à l'arrivée des bâtiments "scoliosés".

C'est dans la seconde catégorie que je "range" Christophe Nihon. Celle des promoteurs qui gardent le cap. Très actif en région liégeoise, cet agent immobilier B2B également actif dans la promotion a un caractère bien trempé, et une idée très claire de l'orientation à donner à chacun de ses projets.

Je ne vais pas m'attarder sur les dossiers dans lesquels Nihon a eu l'occasion de montrer sa détermination, et je vais me concentrer sur Lift-Ô-Loft, initié rive droite à Jupille-sur-Meuse sur le complexe de l'ancienne brasserie Piedboeuf. Cédés par AB Inbev en 2018 en vue d'une réaffectation, les bâtiments ont permis à Nihon et à Altiplan (son bureau d'architectes fétiche) de maturer un projet mixte de réhabilitation faisant la part belle à l'histoire, au développement durable, à la mobilité et à bien d'autres choses habituellement utilisées de manière cosmétique. Rien de cosmétique ici. On sent d'ailleurs dans les détails techniques le profil d'ingénieur civil de Nihon: exploitation de la source Charlemagne pour de la géothermie/hydrothermie, mise en place de potagers suspendus dans les tunnels surplombant la rue de Visé, étude fine des questions de mobilité etc.

Bref, le projet présenté a séduit la ville de Liège, et la majorité des riverains, à l'exception d'un riverain qui a décidé d'introduire un recours. Plutôt que de trébucher sur cet unique os, Nihon a joué la carte de la procédure assez peu utilisée du retrait-délivrance. En clair, la décision d'octroi du permis a été retirée par Liège, en vue d’une redélivrance de ce même permis modifié et amélioré. Avec, à l'arrivée, un projet fort proche du projet cher à Nihon, mais amendé avec une série d'évolutions ne remettant nullement en question l'ADN du Lift-Ô-Loft. Il y a peu, le dossier s'est débloqué, laissant Nihon poursuivre sa trajectoire. Bref, en agissant habilement en aval plutôt qu'en amont, et en maintenant le cap mordicus, Nihon aura gagné un temps précieux pour faire émerger un ensemble dont on pourra heureusement dire qu'il n'a rien d'un projet "Canada Dry".

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