Belgian Building awards, 3|2|1 façades Awards : Phoenix Solo, par EDA-AU

Les grands vainqueurs des Belgian Bulding Awards seront décernés en mars prochain. Nous vous présentons cette semaine les candidats francophones dans la catégorie 3|2|1 Façade Award. Le projet, nommé Phoenix et présenté par EDA-AU, est une nouvelle construction d’une habitation unifamiliale deux façades dans une dent creuse d’Auderghem. Elle participe à la fermeture d’un îlot densément bâti. Avec moins de 4m de large et une profondeur de 8 à 10m, plus 2m de jardin, elle suit les alignements des volumes voisins. Constitué de deux façades, ce logement ne profite réellement que d’une seule façade en matière de lumière directe et de vue paysagère. Dès lors, le schéma d’intention est un U dont le vide est la façade qui regarde le quartier végétalisé en contre-haut de la chaussée.

Une habitation de 144 m² brut avec trois chambres et un bureau constitue le programme principal. Mais celui-ci est un prétexte, car le projet a été pensé en terme d’espace de vie flexible : une chambre peut devenir un salon, un bureau, une salle à manger, et vice-versa.

Ce n’est qu’au milieu d’après-midi que le soleil commence à rayonner à l’intérieur du volume. Cette contrainte a radicalisé la réponse architecturale en ouvrant totalement côté rue, unique orientation offrant lumière directe et vue paysagère profonde. Une double paroi de fer et de verre régit la lumière directe et diffuse, la lutte contre la surchauffe et l’éblouissement, l’intimité, les vues.

Réflexion de la lumière

Le tout est dessiné dans un registre de cadres tranchants qui, en basculant, optimisent la réflexion du bruit de la chaussée et donnent un relief vivant et abstrait. Le volume d’accès à la toiture terrasse complète l’apport de lumière en matinée et début d’après-midi. À l’intérieur, le mitoyen enduit de blanc reçoit la lumière directe et la réfléchit dans le séjour. Les fonctions diurnes trouvent naturellement leur place aux étages, bénéficiant de la meilleure lumière et des plus belles vues.

Les très faibles espaces de cours et jardin et la forte densité bâtie ont orienté le projet vers une réflexion sur une typologie compacte capable de bénéficier de la lumière naturelle, de vues profondes et de privacité. La façade avant s’ouvre généreusement sur la rue et la profondeur du paysage urbain.

Si de jour, les reflets sur la double peau de la façade préservent l’intimité, de nuit, les rideaux intégrés prennent le relais. La façade arrière offre très peu de possibilité, des percements apportent ponctuellement un peu de lumière et des vues sur des murs voisins.

Distribution des espaces

Habiter le séjour au R+2 permet de préserver l’intimité depuis l’espace public immédiat et de bénéficier d’un maximum de lumière naturelle. Les chambres principales au R+1 et R0 sont également protégées des vis-à-vis avec l’espace public et, d’un point de vue climatique, des risques de surchauffe. Le R0 rassemble essentiellement des espaces de bureaux et l’accueil. Sur la toiture, les bacs plantés qui forment des garde-corps en tôle pleine et haut de 90 cm, privatisent la terrasse tout en conservant, même en position assise, les vues sur les paysages alentours.

À l’exception de l’accès à la terrasse, les circulations verticales sont au centre et distribuent facilement chaque espace tout en accueillant des placards et niches de rangement. Les percements de baie de la façade arrière, au dernier étage, apportent de la lumière naturelle qui est diffusée en profondeur grâce à la légèreté des marches et des garde-corps. La toiture est dimensionnée pour accueillir d’imposants bacs à plantes nourricières et paysagères qui clôturent la terrasse. Le sol est composé de pierres et couvercles en fonte issus de la démolition d’un autre chantier et forme un faux-plancher qui atténue le risque de surchauffe du séjour au R+2. L’organisation spatiale, ainsi que le dimensionnement, prévoient la possibilité de rehausse d’un étage dans le futur.

Sa localisation à côté du parc du Rouge-Cloître compense l’absence de véritable jardin. L’espace arbore une flexibilité programmatique pour s’adapter aux besoins : les chambres peuvent devenir des bureaux ou des salons ou des séjours et vice-versa. Le bureau du R0 est dimensionné pour servir de garage. La dimension des espaces est réduite au strict nécessaire, ergonomique et permet de faibles coûts d’entretien et de chauffage.

Récupération de matériaux

Une bonne partie des matériaux de gros-œuvre restent apparents. Le verre de la façade à rue est à assemblage simple pour faciliter le démontage. Certains matériaux, notamment en toiture terrasse, ont été récupérés. La performance énergétique du bâtiment atteint le niveau B. Des équipements low-tech ont été préférés pour limiter les dépendances. Malgré l’étroitesse de la parcelle, une citerne d’eau de pluie se trouve sous le R-1.

Si le système constructif en maçonnerie est traditionnel, y compris la façade arrière en parement brique, la façade à rue a fait l’objet d’intenses réflexions entre le ferronnier, l’ingénieur structure et l’architecte : une véritable co-conception. L’architecte a imposé les proportions, l’inclinaison et la légèreté des cadres, l’ingénieur le dimensionnement, les systèmes de fixations et les tirants en V qui reprennent les lourds verres feuilletés, et enfin, le ferronnier a déterminé les formats des verres (manutention à un homme), le système de parclose démontable facilement, et donc sans silicone, le drainage des parclose dans l’axe des V.

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