• 08 octobre 2026
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INTERVIEW. « Conserver l'enveloppe existante est le point de départ, mais ne doit pas nécessairement être une fin en soi »

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De nos jours, rénover l'enveloppe d'un bâtiment va bien au-delà de la simple intervention technique. Les architectes et les fabricants doivent sans cesse évaluer quels éléments peuvent être conservés, comment intégrer les exigences de confort actuelles sans porter atteinte à l’architecture, et quels ajouts valorisent un bâtiment existant plutôt que de le dénaturer. À l’occasion des Architectura Awards, Floris De Bruyn (GAFPA architectuur, nominé pour le projet de réaffectation G1817), Wim Boesten (Bovenbouw Architectuur, nominé pour la reconversion de la Royale Belge) et Lorenz Geens (Wilms, partenaire des Architectura Awards) ont engagé un dialogue sur le difficile exercice d’équilibre qui se cache derrière chaque rénovation de façade.

L'enveloppe la plus durable est-elle celle que l'on ne remplace pas ? À première vue, cela semble être une question rhétorique, mais selon nos trois interlocuteurs, la réponse est bien plus nuancée. L'époque où les façades existantes cédaient automatiquement la place à une enveloppe extérieure entièrement neuve semble peu à peu révolue. « Aujourd’hui, c’est avant tout une question de calcul », affirme Wim Boesten. « Les économies de CO₂ réalisées aujourd’hui ont souvent plus de poids que celles étalées sur une période de cinquante ans. Cela peut conduire à la décision de conserver une façade existante ou de ne renouveler que certains éléments spécifiques. »

Évaluer au cas par cas

Lors de la reconversion de la Royale Belge, ce choix s'est toutefois révélé particulièrement complexe. Le statut de monument classé de ce bâtiment emblématique a rendu impossible le remplacement complet de la façade, bien qu’il y eût initialement des arguments techniques en faveur de cette solution. « Il nous semblait évident que les profilés de façade existants devaient être remplacés – surtout compte tenu des problèmes d’étanchéité – mais les experts du patrimoine concernés voyaient les choses tout à fait différemment », explique Wim Boesten. « Au final, la structure porteuse d’origine a été conservée, mais nous avons tout de même dû remplacer la structure porteuse secondaire – comme les profilés UPN verticaux dont les éléments de fixation étaient en très mauvais état. Tout cela dans le plus grand respect possible de l’architecture d’origine et avec un impact aussi faible que possible sur l’aspect esthétique, cela va de soi. »

Lorenz Geens plaide lui aussi en faveur d’une approche pragmatique. « Lorsqu’une enveloppe existante est encore en bon état technique et qu’il est possible d’y apporter des améliorations ciblées là où cela s’avère nécessaire, il me semble logique d’envisager d’abord la préservation et l’optimisation plutôt qu’un remplacement complet. On peut par exemple penser à l’ajout de protections solaires afin de réduire la charge thermique et, par conséquent, les besoins en climatisation. Ou encore à l’installation de nouvelles fenêtres dotées d’une ventilation décentralisée intégrée. D’un autre côté, la conservation ne doit pas non plus devenir une fin en soi. En cas de problèmes – qu’ils soient d’ordre structurel, liés à l’humidité, au confort thermique ou à la charge d’entretien…, une nouvelle façade peut s’avérer être le choix le plus durable. À mes yeux, il faut donc évaluer au cas par cas quelle est la meilleure solution. »

Selon Floris De Bruyn, cela dépend en grande partie de la manière dont un bâtiment a été conçu à l’origine. « Dans de nombreux immeubles de bureaux, la structure porteuse est considérée comme l’élément le plus durable et la façade change plus rapidement d’aspect. Dans le cas de la Royale Belge, c’est exactement l’inverse et il fallait préserver au maximum la façade. Dans le cas de G1817, la structure porteuse se trouve quant à elle à l’extérieur et l’intérieur a été en grande partie vidé. Chaque bâtiment nécessite donc des solutions différentes. »

La technique comme outil de conception

L'enveloppe des bâtiments doit aujourd'hui répondre à des exigences de plus en plus nombreuses. Les performances thermiques et acoustiques, l'apport de lumière naturelle, l'étanchéité à l'air, la ventilation et la protection contre la surchauffe doivent s'intégrer dans un ensemble cohérent. N'y a-t-il pas alors le risque que tous ces paramètres techniques finissent par dicter l'architecture ? « Pour moi, cela ne constitue pas du tout une contradiction », affirme Floris De Bruyn. « Au contraire : souvent, le potentiel d’un projet réside justement dans l’intégration de tous ces aspects techniques. Il faut sans cesse rechercher le juste équilibre et se demander ce qui est vraiment nécessaire, sans pour autant en faire un simple calcul mathématique. Je trouve intéressant en soi qu’il y ait une certaine résistance à cet égard. C’est souvent ce qui conduit aux meilleures solutions architecturales. »

Wim Boesten partage ce point de vue. Selon lui, il est inévitable que les contraintes techniques contribuent à façonner un bâtiment. « Le confort thermique et acoustique, la lumière naturelle, la protection solaire… : ces éléments dictent l’architecture par définition. L’architecture peut peut-être bénéficier d’une certaine autonomie a posteriori, mais elle découle fondamentalement de tous ces paramètres techniques. »

Du point de vue du fabricant, Lorenz Geens souligne surtout à quel point il est important de réunir toutes les disciplines dès les premières étapes du processus de conception. Ce n'est pas l'optimisation isolée de chaque élément qui conduit aux meilleurs résultats, mais une vision globale de la conception dans laquelle tous les paramètres se renforcent mutuellement. « Nous ne sommes souvent impliqués qu’in extremis, lorsque l’architecture est déjà en grande partie définie et qu’il faut soudainement intégrer une protection solaire. Cela peut parfois aller à l’encontre de la vision de l’architecte. Surtout dans le cas de grandes baies vitrées, la charge thermique est parfois sous-estimée. Si l’on en tient compte dès le départ, la protection solaire peut être joliment intégrée ou dissimulée, au lieu d’être ajoutée a posteriori comme un mal nécessaire. »

Dialogue entre ancien et nouveau

De même, la manière dont les nouvelles interventions s’intègrent à un bâtiment existant ne peut se résumer à des règles générales. Les ajouts contemporains doivent-ils être explicitement reconnaissables ou se fondre le plus discrètement possible dans l’ensemble existant ? Là encore, la réponse dépend entièrement du contexte, affirme Wim Boesten. « À la Royale Belge, la frontière entre l’existant et les nouvelles interventions est délibérément rendue aussi floue que possible. De nombreux usagers et visiteurs ne se rendront sans doute même pas compte de quels éléments sont nouveaux. C’est précisément là que réside la force du projet : les nouvelles interventions semblent aller de soi et renforcent l’unité architecturale. »

Pour le projet G1817, nous avons emprunté une autre voie. « On voit clairement quels éléments ont été ajoutés, mais cela ne signifie pas que nous ayons délibérément cherché à créer un contraste marqué », explique Floris De Bruyn. « Nous sommes partis de l'esthétique existante du site. La structure en acier jaune vif constitue un élément graphique marqué, mais s'intègre en même temps parfaitement à la logique visuelle des échafaudages industriels et des constructions temporaires que l'on s'attend à trouver sur ce genre de sites. En ce sens, elle s'intègre donc parfaitement dans l'ensemble. »

Lorenz Geens constate lui aussi que ces deux approches se retrouvent dans la pratique. « Certains bâtiments nécessitent des solutions techniques qui s’intègrent parfaitement à l’architecture, tandis que dans d’autres projets, les stores ou les volets roulants peuvent rester légèrement visibles et faire partie intégrante de l’esthétique architecturale. Il en va de même pour l'utilisation des couleurs : certains architectes optent délibérément pour une finition noire discrète, tandis que d'autres souhaitent justement apporter des touches de couleur. Ces deux approches sont défendables, à condition qu'elles s'inscrivent dans une vision conceptuelle claire. »

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