• 20 octobre 2026
  • NL
  • FR

INTERVIEW. « Les enveloppes de bâtiment adaptables doivent redevenir la norme »

  • image

Une enveloppe de bâtiment doit aujourd’hui non seulement répondre aux besoins de l'utilisateur actuel, mais aussi être prête à s'adapter aux modifications futures. Les éléments de façade démontables, les techniques demandant peu d’entretien et la protection contre la surchauffe prennent ainsi de plus en plus d’importance, s’inscrivant dans une vision à long terme mûrement réfléchie. Dans le cadre des Architectura Awards, Floris De Bruyn (GAFPA architectuur, nominé pour le projet de reconversion G1817), Wim Boesten (Bovenbouw Architectuur, nominé pour la reconversion de Royale Belge) et Lorenz Geens (Wilms, partenaire des Architectura Awards) ont approfondi la question des qualités qu’une enveloppe de bâtiment « à l’épreuve du temps » devrait toujours posséder.

L'enveloppe d'un bâtiment n'est depuis longtemps plus un élément figé. Selon nos trois interlocuteurs, elle doit être à la fois suffisamment robuste et suffisamment flexible pour permettre des adaptations futures. Cela nécessite bien sûr une autre approche de la conception. « Chez nous, l'adaptabilité est donc un principe fondamental », explique Floris De Bruyn. « Nous aimons d'ailleurs mettre cela en évidence dans l'architecture. Des détails clairs, où les différents éléments de la façade restent parfaitement lisibles, laissent la porte grand ouverte à des adaptations ou un démontage ultérieurs – bien plus que les façades derrière lesquelles tout est dissimulé et où l'on ne sait donc pas ce que l'on va trouver. On retrouve également cette approche dans le projet G1817. Chaque matériau conserve son identité propre et les différentes interventions restent visibles. Ce sont des solutions simples, mais nous les mettons délibérément en avant. »

Concevoir dans une perspective de changement

Selon Floris De Bruyn, ce principe n’a rien de nouveau. « Autrefois, les assemblages boulonnés, les structures empilables et les éléments démontables étaient la norme. Au cours des dernières décennies, cependant, nous avons de plus en plus souvent fabriqué des produits et des structures qu’il est pratiquement impossible de modifier sans les endommager. C’est une évolution que nous devons inverser. Les architectes comme les fabricants de matériaux doivent y réfléchir sérieusement. Pour ma part, je trouve en tout cas très séduisante l’idée de livrer des bâtiments où l’on ne distingue plus d’emblée ce qui est ‘ancien’ et ce qui est ‘neuf’, grâce à une conservation ou une réutilisation intelligente d'éléments existants. »

Pourtant, la réalité reste problématique. Bien que de plus en plus de fabricants aient entamé un rattrapage et développent des produits en tenant compte de l’économie circulaire, un réemploi effectif est encore loin d’être une évidence. « Il faut un maître d’ouvrage qui y croie, il faut trouver un entrepreneur prêt à s’engager, on se heurte régulièrement à un manque de certifications et il faut donc mener des discussions intenses, notamment avec les pompiers, pour obtenir l’agrément de certaines applications innovantes… Il existe aujourd’hui de nombreuses initiatives prometteuses et des pionniers avant-gardistes qui mènent la danse, mais il reste encore beaucoup d’obstacles pratiques à surmonter. D’une manière générale, les mentalités doivent encore mûrir un peu, car la construction circulaire est par définition un exercice collectif. »

Wim Boesten souligne lui aussi que les bâtiments doivent aujourd’hui offrir davantage que leur aspect et leur destination d’origine. « Il me semble évident qu’il faille concevoir des bâtiments capables de s’adapter par la suite, tant sur le plan structurel qu’en termes de programme et d’utilisation. La Belgique a d’ailleurs une longue tradition en la matière. Cette capacité à ‘bricoler’ est en quelque sorte ancrée dans notre culture architecturale. Je suis surtout curieux de voir comment les générations futures s’approprieront nos bâtiments plus tard. »

Oser repousser ensemble les limites

Pour Lorenz Geens, c’est justement là que réside le plus grand défi. « Le fait que nous soyons, en Belgique, des ‘as de la débrouille’ peut parfois constituer un inconvénient. Beaucoup de gens s’en tiennent par habitude à leurs méthodes de travail habituelles, alors que la transition circulaire a justement besoin de donneurs d’ordre, de concepteurs et de fabricants prêts à repousser les limites et à oser explorer de nouvelles voies. Plus il y aura d’exemples de réussite, plus vite s’imposera la conviction générale que c’est bel et bien possible. » 

« Il s’agit aussi de se lancer des défis et de s’inspirer mutuellement », souligne Lorenz Geens. « J’ai récemment assisté à une conférence donnée par un professeur de l’université technique de Delft, où ils ont développé un concept de façade en leasing accompagné d’une offre ‘as a service’, incluant des fournisseurs de matériaux qui rachèteront les éléments utilisés au prix actuel du produit au bout d’un certain nombre d’années. De tels concepts donnent matière à réflexion, surtout quand on sait que la construction ne fera en principe que devenir plus coûteuse. La circularité offre donc bel et bien des opportunités, non seulement sur le plan pratique et écologique, mais aussi sur le plan financier. »

En tant que fabricant, Wilms s'intéresse avant tout à l’adaptabilité de ses systèmes. « Nos produits doivent pouvoir s'intégrer harmonieusement, tout en restant accessibles pour l'entretien ou d'éventuelles réparations. À nos yeux, il n’est plus justifiable aujourd’hui de démolir toute une façade pour installer une nouvelle motorisation. C’est pourquoi il est important d’anticiper de tels scénarios dès la phase de conception. En ce qui concerne le réemploi, nous nous heurtons encore souvent à certaines difficultés, telles que la question de la responsabilité. Qui osera assumer la responsabilité et sera en mesure de démontrer correctement qu’une structure ou un élément de bâtiment circulaire peut effectivement durer encore x années, avec les garanties nécessaires ? »

Intégrer le confort estival dans la réflexion

La transition circulaire n’est pas la seule à modifier notre façon d’envisager l’enveloppe des bâtiments. Le dérèglement climatique apporte lui aussi de nouvelles priorités. Alors qu’auparavant, l’accent était principalement mis sur la conservation de la chaleur en hiver, il devient de plus en plus important d’éviter la surchauffe en été. « Dans les projets sur lesquels nous travaillons, cela fait aujourd’hui partie intégrante de notre démarche », explique Wim Boesten. « Les simulations dynamiques axées sur le confort thermique font de plus en plus souvent partie intégrante du processus de conception. À juste titre, car en raison de la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, le confort estival devient un enjeu crucial. »

En résumé : la lutte contre la surchauffe est aujourd’hui un concept fondamental, au même titre que l’isolation et l’étanchéité à l’air. Pourtant, cette prise de conscience n’est pas encore aussi forte partout, souligne Lorenz Geens. « Dans les grands projets comme celui de la Royale Belge, cela va de soi – y compris tout le cadre technique et les études thermiques nécessaires –, mais dans la construction de logements privés, l’accent est encore souvent mis sur le confort hivernal. Du coup, notre téléphone n’a pas cessé de sonner l’été dernier. » Il préconise donc de ne pas considérer la protection contre la surchauffe comme une intervention isolée, mais comme une partie intégrante de la conception. « Nous pouvons bien sûr bloquer la chaleur grâce à nos solutions, mais il est également important de réfléchir à la manière de la faire sortir une fois qu’elle s’est accumulée dans la maison. »

Selon Floris De Bruyn, les solutions simples et low tech sont encore trop souvent sous-estimées. « Prenons par exemple la ventilation naturelle nocturne grâce à deux fenêtres bien alignées qui créent un courant d’air rafraîchissant. À mes yeux, cela va tellement de soi qu’il est presque absurde de citer cet exemple, mais pourtant, ce genre de solutions n’est souvent pas envisagé. Alors que la même vitesse et le même volume de refroidissement nocturne sont pratiquement impossibles à obtenir avec des systèmes mécaniques. »

Même lorsque les moyens financiers sont limités, il ne faut pas perdre de vue l'avenir. « Souvent, les contraintes budgétaires servent de prétexte pour faire des économies sur les mesures de prévention de la surchauffe, telles que les protections solaires. Mais si les ressources ne sont pas toujours disponibles au moment voulu, il est possible de prendre des dispositions pour les intégrer ultérieurement. C’est ce que nous essayons toujours de transmettre aux architectes : attirez l’attention des maîtres d’ouvrage sur ce point », explique Lorenz Geens. « Parfois, une approche inversée peut aussi apporter une solution », ajoute Floris De Bruyn. « Ainsi, nous avons un jour d’abord planté un arbre dans le but de créer de l’ombre par la suite, puis nous avons construit un bâtiment autour. C’est simple, mais très efficace ! »

Considérer les bâtiments dans leur globalité

Pour conclure : quel réflexe devons-nous absolument adopter ou abandonner lorsque nous rénovons des enveloppes de bâtiment ? Une fois encore, le fil conducteur ne consiste pas tant à construire davantage qu’à gérer plus intelligemment ce qui existe déjà. « Pour moi, tout commence par la question de savoir si certaines interventions sont réellement nécessaires », répond Floris De Bruyn. « C’est une responsabilité qui nous incombe collectivement, et dont l’impact ne doit certainement pas être sous-estimé. À une autre époque, un bâtiment comme la Royale Belge aurait peut-être simplement été démoli, alors qu’aujourd’hui, il illustre justement la force de la reconversion. Avant de nous lancer dans les calculs, nous devons donc nous demander s’il est opportun ou non de conserver des bâtiments ou des éléments existants plutôt que d’opter sans réfléchir pour une rénovation complète. Pour ensuite, comme l’a un jour déclaré bOb Van Reeth, concevoir des ‘ruines intelligentes’. Comprenez : des structures robustes pouvant être adaptées au fil du temps aux exigences du maître d’ouvrage. »

Wim Boesten préconise lui aussi de voir plus loin que le présent. « Nous devons oser faire des calculs et des comparaisons en nous basant sur l’évolution à long terme. Pourquoi, par exemple, réaliser une nouvelle façade parfaite dont le gain en termes de réduction des émissions de CO2 ne sera rentabilisé que dans trente ans, alors qu’il est possible de préserver une grande partie de l’enveloppe extérieure existante (éventuellement en remplaçant quelques composants) ou de la rénover avec des matériaux de récupération, et de réaliser dès maintenant cette réduction des émissions de CO2 ? »

Selon Lorenz Geens, il est avant tout temps d'adopter une autre façon de travailler ensemble. « Jusqu’il y a peu, dans le secteur de la construction, on raisonnait de manière très axée sur le produit et on traitait de nombreux aspects séparément. Aujourd’hui, il est essentiel d’envisager les bâtiments dans leur globalité, car tout a une influence sur tout. Isoler d’abord, puis décider du type de vitrage à utiliser et enfin déterminer quel système de ventilation est le plus adapté : cette approche ne devrait plus avoir sa place à notre époque. » Il conclut par une citation de l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry qui, selon lui, résume parfaitement la direction que doit prendre le secteur. « Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher. » Appliqué à notre métier, cela signifie que nous ne devons pas nécessairement ajouter sans cesse de nouvelles techniques ou de nouveaux éléments. Le véritable défi consiste à créer le plus de qualité possible avec le moins d’interventions possible. C’est précisément ce qui rend notre domaine spécifique, et l’architecture en général, si passionnants. »

  • Partager cet article