Créativité architecturale et performances énergétiques réunies dans le nouveau CPAS de Ternat (De Bouwerij Architecten)

Dans le jardin victorien emmuré du presbytère a été intégrée une boîte banale et rigide avec une façade en miroir intégrale. (Photo: Liesbet Goetschalckx)
De Bouwerij a répondu à un très grand nombre de critères de durabilité dans un concept global qui excelle aussi sur le plan de la fonctionnalité et de l’esthétique. (Photo: Liesbet Goetschalckx)
Par l'alternance de surfaces réfléchissantes et d'éléments de façade verdurisés, le bâtiment est toujours en dialogue avec son environnement, fût-ce de manière douce et apaisante. (Photo: Liesbet Goetschalckx)
Avec la façade en miroir, les architectes ont voulu valoriser le patrimoine existant et fondre au maximum le nouveau volume dans l’environnement vert prépondérant. (Photo: Liesbet Goetschalckx)
Le complexe existant, une ancienne paroisse de l’entité de Sint-Katherina-Lombeek, a été augmenté d’un bâtiment passif marquant et intelligemment conçu. (Photo: Liesbet Goetschalckx)

Le CPAS de Ternat, ville du Brabant Flamand, dispose depuis le printemps dernier d’un des bâtiments les plus singuliers du pays. Le complexe existant, une ancienne paroisse de l’entité de Sint-Katherina-Lombeek, a été augmenté d’un bâtiment passif marquant et intelligemment conçu. Les façades latérales proposent un intrigant motif en damier de pans réfléchissants et de pans verdurisés fonctionnant comme l’écho visuel du jardin environnant.

Un concept global

Le CPAS de Ternat a un penchant pour les bâtiments qui sortent de l’ordinaire. Alors que le complexe existant n’était déjà pas banal, le nouveau bâtiment attire encore plus le regard. Le concept a été élaboré par l’agence De Bouwerij Architecten, qui a mis en avant un parti extrêmement ambitieux. « Au départ, on ne nous demandait pas d’en faire un bâtiment passif », raconte Paul De Mulder, architecte-gérant chez De Bouwerij. « Il va de soi que le projet devait être ‘durable’, mais nous avons placé la barre beaucoup plus haut en ce qui nous concerne. Nous voulions que le complexe ne réponde pas seulement au standard passif, mais aussi aux critères du label BREEAM et à la certification Cradle-to-Cradle. Le fait que nous ayons su recadrer le niveau E (souvent trop dominant) dans une perspective plus large a été une des raisons principales de nous attribuer le projet.»

De Bouwerij a répondu à un très grand nombre de critères de durabilité dans un concept global qui excelle aussi sur le plan de la fonctionnalité et de l’esthétique. « En soi, le concept est très simple : dans le jardin victorien emmuré du presbytère, nous voulions intégrer une boîte banale et rigide avec une façade en miroir intégrale. Nous voulions ainsi valoriser le patrimoine existant et fondre au maximum le nouveau volume dans l’environnement vert prépondérant. Comme l’accessibilité représentait toutefois un point important et que la façade en miroir intégrale pouvait certainement surprendre, le concept a été légèrement corrigé et nous avons finalement opté pour des façades latérales composées de carrés d’une hauteur d'étage, revêtus en alternance de surfaces réfléchissantes et d'éléments de façade verdurisés. Le bâtiment est toujours en dialogue avec son environnement, fût-ce de manière douce et apaisante. »

 

Un aménagement fonctionnel et logique

Le tout a conduit à un beau bâtiment accessible à tous et qui rayonne par sa présence. Les façades vertes notamment (en haut il s’agit de véritables façades verdurisées avec plantations et irrigation ; en bas il s’agit d’un métal déployé soutenant des plantes grimpantes) sont très appréciées. « Elles sont aussi comestibles car nous avons placé des arbres fruitiers contre celles-ci. Ce petit plus contribue non seulement à la maitrise de la température interne, mais aussi à l’accessibilité que le bâtiment veut suggérer. Si vous devez attendre, vous pouvez, dans l’intervalle, aller cueillir une belle poire sur le bâtiment », indique De Mulder en souriant. « Nous avons également intégré du vert au-dessus du bâtiment. En rentrant un peu la façade en deux points, nous avons créé un espace pour des toitures vertes. Nous y avons planté des herbes aromatiques qui diffusent une senteur agréable dans chaque local lorsque les fenêtres sont ouvertes au printemps et en été. Ce sont peut-être là des détails, mais pour beaucoup de personnes, de telles toitures font vraiment la différence. »

À l’intérieur, fonctionnalité et logique sont les concepts-clés. Un couloir central permet d’accéder aux bureaux implantés avec sagesse en façades est et sud, laissant les fonctions secondaires derrière la façade nord plus fermée (archives, débarras, sanitaires, escalier, ascenseur). Pour assurer au CPAS la flexibilité nécessaire à l’utilisation de son nouveau bâtiment, De Bouwerij a appliqué les principes de construction raisonnée "Slim Bouwen". « Ceci implique que les différents composants du bâtiment sont séparés les uns des autres en fonction de leur durée de vie », précise De Mulder. « C’est ainsi que nous n’avons pas encastré l’électricité dans le mur ni dans le plancher, mais dans des plinthes amovibles et des faux-plafonds. Les portes qui donnent sur le couloir ont un cadre de porte élargi côté bureau, avec une gaine qui accueille toutes les techniques. Les cloisons séparatives dans les deux zones de bureau sont déplaçables (cloisons légères en panneaux en plâtre). Si le CPAS veut réaménager ses bureaux par la suite en fonction de nouvelles nécessités ou de nouveaux besoins, ceci ne nécessitera pas de grands travaux d'adaptation. »

 

Des matériaux de construction comme finition

Concernant le choix des matériaux, les architectes ne sont pas trop sortis des sentiers battus. La structure de base combine une construction massive à une ossature bois. Le rez-de-chaussée est constitué de blocs en béton porteurs et d'une dalle de plafond en béton. L’étage est formé d’une structure à ossature bois fortement isolée. « Dans un premier temps, nous pensions travailler uniquement avec une ossature bois. Mais comme nous voulions toutefois intégrer dans le bâtiment la masse nécessaire au confort et sur le plan de l'humidité, nous avons fini par opter pour une structure hybride. »

En outre, les architectes ont sélectionné les matériaux de construction de manière à ce qu’ils puissent également servir comme finition. « Au lieu de matériaux décoratifs coûteux (du parquet, par exemple), il est donc surtout question de variantes simples, fonctionnelles et faciles à entretenir (par exemple des sols en béton poli). Les murs intérieurs porteurs ont été réalisés en maçonnerie apparente, sans plafonnage et recouverte d’une simple couche de  peinture. Les plafonds perforés Steeldeck à l’étage constituent non seulement la forme de base de la toiture, mais apportent en même temps une plus-value acoustique et esthétique. En outre, nous nous sommes basés dans une mesure importante sur l’indice NIBE. C’est ainsi que nous avons, par exemple, abandonné l’isolation en mousse de PU pour utiliser une laine de roche presque partout dans le bâtiment. Aux endroits où sa valeur lambda était insuffisante, nous avons placé du Resol sous forme de panneaux, de manière à pouvoir le retirer facilement par la suite en cas de démolition. »

 

Ventilation, chauffage et refroidissement à la demande

Si le choix des matériaux est simple, les techniques, quant à elles, sont plus complexes. La climatisation du bâtiment passe en effet complètement par une ventilation équilibrée de derrière les fagots. « Le système de ventilation ne fournit pas uniquement de l’air frais, mais aussi de la chaleur en association avec la pompe à chaleur. En combinant ceci avec les panneaux photovoltaïques, nous arrivons à un bel équilibre sur le plan énergétique. En outre, nous utilisons du refroidissement adiabatique : de l'eau est ajoutée sous forme de gouttelettes vaporisées au système de ventilation, ce qui fait baisser la température de l’air quand c’est nécessaire. Pour des raisons d’hygiène, la nébulisation est appliquée au flux d’air sortant, qui traverse ensuite l’échangeur de chaleur et transfère l’effet de refroidissement à l’air de pulsion. »

Tout ceci fonctionne à la demande : par local, des vannes à commande électromotrice sont raccordées au système de gestion du bâtiment, lequel, grâce à des capteurs de présence et des sondes de CO2, détermine la quantité d’air frais, de chaleur ou de refroidissement nécessaire dans chaque local. « En d’autres termes, la distribution d’énergie est basée sur l’utilisation effective du bâtiment. La commande locale assure, d’une part, un meilleur confort et, d’autre part, une allocation beaucoup plus efficace de l’énergie utile. Nous n’avons pas de certification BREEAM officielle, mais deux de mes associés sont certificateurs BREEAM. Un contrôle interne a montré que nous serions classés au niveau "Excellent". Nous pouvons donc conclure que le projet est plus que réussi sur tous les plans », conclut Paul De Mulder avec fierté.

 

Note : Cet article est paru précédemment dans le magazine be.passive.

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