Archi-militant | Non au degré zéro de l’architecture

Par les temps qui courent, c’est peu de dire que l’histoire et la culture sont malmenées. Et à en juger par la prise de position récente de Nadia Everard, l’enseignement de l’architecture n’échapperait pas à cette tendance lourde.

« Un gros sentiment de malaise ». Par cette phrase, je pense synthétiser la pensée de Nadia Everard, architecte et présidente de l’association La Table Ronde de l’Architecture, par rapport au rejet de l’histoire et de la culture qui semble prévaloir actuellement dans les écoles d'architecture. Ou, en tout cas, dans certaines d’entre elles. Petit florilège des joyeusetés relevées par Nadia Everard : on dit aux étudiants en archi que « l’histoire ancienne fait la joie des archivistes, mais n’est d’aucune utilité à l’architecte », que « l’unique style qui mérite leur attention est (...) celui des petits cubes blancs et des formes déconstruites ». Parmi les autres problèmes relevés, notons celui des consignes peu claires, des attitudes condescendantes, des cours d’histoire réduits à la portion congrue… L’inventaire complet dressé peut être consulté dans la carte blanche publiée il y peu dans La Libre Belgique.


Certes, La Table Ronde défend une certaine vision de l’architecture (lire aussi l’opinion publié sur Architectura le 15 mars 2021), tout empreinte de l’amour du patrimoine, il n’en demeure pas moins que les questions soulevées par l’association interpellent. D’autant que j’ai de mon côté été récemment témoin d’une autre forfaiture sur les antennes de La Première. Un spécialiste autoproclamé du récit dont j’ai par chance oublié le nom… affirmait avec un aplomb incroyable dans l’émission de l’excellent François Dehossay que le cours d'histoire n'avait plus sa place dans l'enseignement (secondaire, ici). Et qu'il fallait le remplacer par des cours de « récit » : « Les gens aiment qu'on leur raconte des histoires; à quoi cela sert-il de connaître les tenants et aboutissants de la première ou de la deuxième guerre mondiale si les gens attendent qu'on les prenne par la main pour les enchanter », ai-je cru entendre. En réécoutant quelques heures plus tard le podcast de l’émission, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : mes oreilles avaient bien entendu. Et ce brillant professionnel du récit de conclure par un tonitruant « Remplaçons les profs d'histoire par des profs de récit pour enchanter les jeunes à l’école » devant un Laurent Dehossay visiblement médusé…

La morale de ce billet ? C’est que nous vivons une époque formidable ! Qu’il s’agisse des fermes à trolls déployées par la Russie, des vérités toutes faites assénées en 30 secondes chrono via les comptes officiels de personnalités en vue sur tik tok, des cours d’histoire mis au placard dans le cursus d’architecture ou des brillantes personnes affirmant que les gens préfèrent les histoires aux références culturelles, je constate que la débauche de moyens ne se tarit malheureusement jamais lorsqu’il s’agit de promouvoir des idées résolument débiles.

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